Alexandre Vassilievitch Souvorov (Александр Васильевич Суворов) naît le 24 novembre 1729 à Moscou dans une famille de la petite noblesse. Enfant chétif et maladif, il se forge un corps et un caractère de fer par une discipline personnelle implacable : bains glacés, marches forcées, nuits à la dure. Dès l'enfance, il dévore les ouvrages de stratégie militaire et admire les grands capitaines de l'Antiquité.
Engagé dans l'armée à dix-sept ans, il participe à la guerre de Sept Ans (1756-1763) et s'illustre rapidement par son courage et son intelligence tactique. Promu général sous Catherine II, il développe une doctrine militaire révolutionnaire fondée sur la rapidité, la surprise et le corps à corps, en rupture avec les méthodes rigides de l'époque. Le patrimoine militaire russe le considère comme son plus grand héros.
Souvorov s'illustre d'abord dans les guerres russo-turques des années 1770-1790. Sa victoire à Kozlouji (1774) et ses brillantes campagnes dans le Caucase font de lui le principal général de Catherine II. Mais c'est la prise de la forteresse d'Ismaïl, le 22 décembre 1790, qui entre dans la légende.
Ismaïl, réputée imprenable, est défendue par 35 000 soldats ottomans derrière des murailles épaisses. Souvorov, arrivé avec ses troupes exténuées, lance l'assaut après une préparation minutieuse. En une journée, la forteresse tombe. Ce fait d'armes, l'un des plus spectaculaires du XVIIIe siècle, consacre la réputation de Souvorov dans toute l'Europe.
En 1799, à soixante-dix ans, Souvorov est rappelé par Paul Ier pour commander les forces russo-autrichiennes contre les armées de la France révolutionnaire en Italie. En quelques mois, il remporte une série de victoires fulgurantes — Cassano, la Trébie, Novi — et libère le nord de l'Italie de la domination française.
Mais trahi par les Autrichiens qui retirent leurs troupes, Souvorov se retrouve isolé en Suisse. Il décide alors la légendaire traversée des Alpes (septembre 1799) : pendant dix-sept jours, 20 000 soldats russes franchissent le col du Saint-Gothard, le Pont du Diable et les défilés montagneux dans des conditions effroyables de froid et de neige. Cet exploit, comparé à celui d'Hannibal, reste l'un des plus extraordinaires de l'histoire militaire européenne.
Souvorov n'est pas seulement un homme de terrain : c'est aussi un théoricien militaire. Son traité La Science de la victoire (Наука побеждать), rédigé dans un style direct et imagé, codifie ses principes : « Rapidité, coup d'oeil, attaque » (glazomer, bystrotá, natísk). Il prône l'offensive, la mobilité et l'initiative du soldat.
Contrairement aux généraux de son époque, Souvorov se soucie profondément du bien-être de ses hommes. Il partage leur nourriture, dort à même le sol et les appelle « frères ». Ses soldats l'adorent et sont prêts à le suivre n'importe où. Cette relation de confiance est au coeur de ses succès.
Souvorov meurt le 18 mai 1800 à Saint-Pétersbourg, peu après son retour de Suisse, en disgrâce auprès de Paul Ier. Il est enterré à la Laure Alexandre-Nevski. Sa tombe porte une épitaphe laconique qu'il avait lui-même choisie : « Ici gît Souvorov ».
À Saint-Pétersbourg, son musée militaire (43, rue Kirotchnaya), inauguré en 1904, est le premier musée mémorial de Russie. On y découvre ses armes, ses uniformes, ses décorations et des documents sur ses campagnes. Le musée de l'artillerie conserve également des pièces liées à ses batailles. Son monument sur le Champ de Mars, érigé en 1801, le représente en Mars, dieu de la guerre — honneur inédit pour un militaire russe.
« La balle est folle, la baïonnette est sage. » — Alexandre Souvorov
| Bataille | Date | Adversaire | Résultat |
|---|---|---|---|
| Kozlouji | 1774 | Empire ottoman | Victoire |
| Kinburn | 1787 | Empire ottoman | Victoire |
| Rymnik | 1789 | Empire ottoman | Victoire |
| Ismaïl | 1790 | Empire ottoman | Victoire |
| Cassano | 1799 | France | Victoire |
| La Trébie | 1799 | France | Victoire |
| Novi | 1799 | France | Victoire |
| Col du Saint-Gothard | 1799 | France | Victoire |
En plus de soixante batailles livrées au cours de quarante ans de carrière, Souvorov n'a jamais perdu un seul engagement. Il a vaincu les armées ottomanes, polonaises et françaises, adaptant sa tactique à chaque adversaire avec un génie militaire reconnu même par ses ennemis.
En septembre 1799, Souvorov a traversé les Alpes suisses avec son armée dans des conditions extrêmes (froid, neige, défilés montagneux) pour rejoindre les forces autrichiennes. Cet exploit militaire, comparable à celui d'Hannibal, est resté légendaire.
Le musée militaire Souvorov se trouve au 43, rue Kirotchnaya à Saint-Pétersbourg. Inauguré en 1904, c'est le premier musée mémorial de Russie. Il abrite des armes, des uniformes, des portraits et des documents relatifs aux campagnes du général.
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