Alexandre Serguéïevitch Pouchkine (1799-1837) est universellement reconnu comme le père de la littérature russe et le créateur de la langue littéraire russe moderne. Poète, dramaturge, romancier et nouvelliste, il a transformé la langue russe en un instrument d'expression littéraire d'une richesse et d'une souplesse inédites. De son enfance moscovite à ses années de formation au lycée impérial de Tsarskoïe Selo, de ses exils sous le règne d'Alexandre Ier à son duel fatal à Saint-Pétersbourg, cette biographie retrace le destin fulgurant et tragique de celui que ses contemporains surnommèrent le « Soleil de la poésie russe ». Pour découvrir les lieux liés au poète dans la ville, consultez notre guide Pouchkine à Saint-Pétersbourg.
Portrait d'Alexandre Pouchkine par Orest Kiprenski (1827), le plus célèbre portrait du père de la littérature russe
Portrait d'Alexandre Pouchkine par Orest Kiprenski (1827). Ce tableau, conservé à la galerie Tretiakov de Moscou, reste l'image la plus emblématique du poète russe. Domaine public, Galerie Tretiakov

Jeunesse et formation (1799-1820)

Alexandre Serguéïevitch Pouchkine naît le 6 juin 1799 (26 mai selon le calendrier julien) à Moscou, dans une famille de la noblesse russe dont les origines remontent au XIIIe siècle. Son père, Sergueï Lvovitch Pouchkine, est un homme cultivé, amateur de littérature française, dont la bibliothèque regorge d'œuvres de Voltaire, Molière et Jean-Jacques Rousseau. Sa mère, Nadejda Ossipovna Gannibal, est la petite-fille d'Abraham Hannibal, un Africain originaire du Cameroun (ou d'Éthiopie, selon les sources) enlevé enfant, offert à Pierre le Grand et devenu général de l'armée russe. Cette ascendance africaine, dont Pouchkine était très fier, a nourri son roman inachevé Le Nègre de Pierre le Grand.

L'enfance de Pouchkine est marquée par l'influence de sa nourrice, Arina Rodionovna, une paysanne qui lui transmet les contes populaires, les chansons et les légendes du folklore russe. Ces récits nourriront toute son œuvre poétique ultérieure, notamment ses célèbres Contes en vers. Le jeune Alexandre grandit dans une maison où le français est la langue dominante de la conversation — comme dans la plupart des familles nobles russes de l'époque — mais où la langue russe reste vivante grâce aux domestiques et à la nourrice bien-aimée.

En 1811, à l'âge de douze ans, Pouchkine intègre le lycée impérial de Tsarskoïe Selo, un établissement d'élite fondé par le tsar Alexandre Ier pour former les futurs hauts fonctionnaires de l'Empire. Situé dans une aile du palais Catherine, à une trentaine de kilomètres de Saint-Pétersbourg, ce lycée réunit une trentaine de garçons de la noblesse dans un cadre privilégié. Pouchkine s'y révèle un élève médiocre en mathématiques mais brillant en littérature, en histoire et en langues.

C'est au lycée que Pouchkine compose ses premiers poèmes et connaît un succès précoce. En 1815, lors de l'examen public du lycée, il récite son poème Souvenirs de Tsarskoïe Selo devant le vieux poète Gabriel Derjavine, qui, profondément ému, déclare voir en lui son successeur. Cet épisode, véritable passage de flambeau entre deux générations poétiques, est resté célèbre dans l'histoire de la littérature russe. À la sortie du lycée en 1817, Pouchkine est déjà reconnu comme le plus prometteur des jeunes poètes russes.

Installé à Saint-Pétersbourg après le lycée, Pouchkine mène une vie turbulente entre mondanités, théâtres, cercles littéraires et sociétés secrètes. Il compose des poèmes politiques audacieux, dont l'Ode à la liberté (1817) et des épigrammes contre le tsar et les dignitaires, qui circulent sous forme de copies manuscrites. En 1820, il achève son premier long poème, Rouslan et Ludmila, une épopée féerique inspirée du folklore russe qui remporte un succès considérable et annonce la rupture avec le classicisme.

Exil et années d'errance (1820-1826)

Les poèmes politiques de Pouchkine finissent par attirer l'attention de la censure impériale. En mai 1820, le gouverneur général de Saint-Pétersbourg, le comte Miloradovitch, reçoit l'ordre de faire arrêter le jeune poète. Grâce à l'intervention de ses protecteurs — notamment le poète Joukovski et le directeur du lycée Engelhardt — la détention en forteresse est commutée en un exil administratif dans le sud de la Russie. Pouchkine est envoyé à Iekaterinoslav (aujourd'hui Dnipro), officiellement comme fonctionnaire sous les ordres du général Insov.

Débute alors une période d'errance de six ans qui, malgré sa dureté, se révèlera d'une extraordinaire fécondité littéraire. Pouchkine voyage à travers le Caucase, la Crimée et la Moldavie. Les paysages grandioses du Caucase et de la mer Noire inspirent ses poèmes du Sud : Le Prisonnier du Caucase (1821), La Fontaine de Bakhtchissaraï (1823) et Les Tsiganes (1824), des œuvres marquées par l'influence de Lord Byron, que Pouchkine admire passionnément à cette époque.

En 1823, alors qu'il réside à Kichinev (Chișinău) puis à Odessa, Pouchkine entreprend la rédaction de son chef-d'œuvre, le roman en vers Eugène Onéguine, qu'il mettra huit ans à achever. Cette œuvre monumentale, qui dépeint la société russe des années 1820 à travers le destin d'un jeune aristocrate désabusé, sera qualifiée par le critique Bélinski d'« encyclopédie de la vie russe ».

En 1824, Pouchkine est renvoyé d'Odessa à la suite d'un conflit avec le gouverneur Vorontsov et de la découverte par la police d'une lettre où il se déclarait athée. Il est assigné à résidence dans le domaine familial de Mikhaïlovskoïe, dans la province de Pskov, où il vivra deux années de solitude forcée. Cette retraite se révèle paradoxalement l'une des périodes les plus productives de sa vie. Auprès de sa nourrice Arina Rodionovna, qui lui raconte inlassablement contes et légendes, il compose le drame historique Boris Godounov (1825), une œuvre inspirée de Shakespeare qui rompt radicalement avec la tradition théâtrale française alors dominante en Russie.

« Que l'on ne me dise pas que le poète ne doit pas écrire de drame. Il n'est pas de véritable poète qui ne rêve de devenir Shakespeare. »
— Alexandre Pouchkine, lettre à Nikolaï Raevski, 1825

En décembre 1825, l'insurrection des décabristes éclate à Saint-Pétersbourg. Plusieurs des conjurés sont des amis proches de Pouchkine, et ses poèmes politiques figurent parmi les documents saisis. Son absence de la capitale lors du soulèvement le sauve probablement de l'arrestation, voire de la déportation en Sibérie. Néanmoins, le souvenir de ses amis décabristes — cinq d'entre eux seront pendus et des dizaines déportés — hantera Pouchkine toute sa vie.

Appartement-musée de Pouchkine au 12 rivière Moïka à Saint-Pétersbourg, dernier domicile du poète
L'appartement-musée de Pouchkine au 12, rivière Moïka, à Saint-Pétersbourg. C'est dans cet appartement que le poète vécut ses derniers mois et mourut le 10 février 1837 des suites de son duel. Photo Wikipedia, CC BY-SA 4.0

Retour et maturité littéraire (1826-1833)

En septembre 1826, le nouveau tsar Nicolas Ier, désireux de s'attacher le poète le plus célèbre de Russie, convoque Pouchkine à Moscou pour un entretien privé. La rencontre est déterminante : le tsar lui accorde la liberté et se déclare son censeur personnel, ce qui signifie que désormais toute œuvre de Pouchkine devra être soumise directement à la lecture impériale. Cette protection ambiguë est aussi une cage dorée : le poète ne sera plus jamais véritablement libre.

Les années 1826-1833 sont celles de la pleine maturité créatrice de Pouchkine. Il poursuit la rédaction d'Eugène Onéguine, dont les chapitres paraissent successivement en fascicules, suscitant un engouement considérable. Parallèlement, il explore de nouveaux genres : le poème lyrique, le conte en vers, la prose historique et le récit bref. Sa poésie atteint alors une perfection formelle inégalée, où la simplicité apparente masque une maîtrise technique extraordinaire.

En 1831, Pouchkine épouse Natalia Nikolaïevna Gontcharova, considérée comme l'une des plus belles femmes de Moscou. Ce mariage, célébré le 18 février dans l'église de l'Ascension à Moscou, apporte au poète un bonheur initial mais aussi les germes d'une tragédie future. La beauté de Natalia attire la cour et ses intrigues, imposant à Pouchkine un train de vie coûteux et une présence obligée dans les salons de Saint-Pétersbourg où le couple s'installe.

La même année, il compose l'essentiel de ses Contes en vers, parmi les œuvres les plus populaires de la littérature russe : Le Conte du tsar Saltan, Le Conte du pêcheur et du petit poisson, Le Conte du coq d'or. Inspirés des récits de sa nourrice Arina Rodionovna, ces contes mêlent folklore russe, humour et sagesse populaire dans une versification d'une légèreté ensorcelante. Ils sont devenus un pilier de la culture russe, connus par cœur par des générations de lecteurs.

En 1833, Pouchkine est nommé gentilhomme de la chambre (« kamer-iounker »), un titre de cour habituellement réservé aux très jeunes gens, ce qui humilie profondément le poète de trente-quatre ans. Il comprend que cette nomination vise avant tout à assurer la présence de sa ravissante épouse aux bals impériaux. Désormais, les obligations mondaines, les difficultés financières et les intrigues de cour vont peser de plus en plus lourdement sur sa vie et son travail créateur.

Les dernières années et le duel fatal (1833-1837)

Les dernières années de la vie de Pouchkine sont assombries par l'étreinte croissante des contraintes sociales, des dettes et de la surveillance policière, mais elles sont aussi marquées par des chefs-d'œuvre. En 1833, il compose Le Cavalier de bronze, un poème narratif d'une puissance saisissante qui oppose la grandeur impériale de Saint-Pétersbourg à la détresse d'un petit fonctionnaire. La statue équestre de Pierre le Grand, qui s'anime pour poursuivre le malheureux protagoniste à travers les rues inondées, est devenue l'un des symboles les plus puissants de la littérature russe. Le poème, jugé subversif par Nicolas Ier, ne sera publié qu'après la mort de son auteur.

La même année, Pouchkine rédige La Dame de pique, une nouvelle fascinante qui mêle réalisme social et fantastique. L'histoire d'Hermann, un officier obsédé par le secret de trois cartes gagnantes que détient une vieille comtesse, inspira plus tard un opéra célèbre de Tchaïkovski. En 1836, il publie La Fille du capitaine, un roman historique situé pendant la révolte de Pougatchév, considéré comme l'un des fondements du roman russe.

Cependant, la vie personnelle de Pouchkine se dégrade. Les assiduités de Georges-Charles de Heeckeren d'Anthès, un jeune officier français adopté par l'ambassadeur des Pays-Bas, baron de Heeckeren, auprès de Natalia Pouchkina, font l'objet de rumeurs persistantes dans les salons pétersbourgeois. En novembre 1836, Pouchkine reçoit une lettre anonyme le désignant comme « coadjuteur du grand maître de l'Ordre des cocus », une humiliation publique insupportable.

Après des mois de tensions et malgré le mariage de d'Anthès avec la sœur de Natalia (Catherine Gontcharova), les provocations continuent. Le 27 janvier 1837 (8 février dans le calendrier grégorien), Pouchkine adresse à l'ambassadeur Heeckeren une lettre d'une violence extrême, rendant le duel inévitable. Le même jour, à la tombée de la nuit, les deux hommes se retrouvent sur les bords de la rivière Tchoïrnaïa, dans la banlieue nord de Saint-Pétersbourg.

D'Anthès tire le premier et atteint Pouchkine à l'abdomen. Le poète, tombé dans la neige, parvient à se relever et à tirer à son tour, blessant légèrement son adversaire au bras. Transporté à son appartement du 12, rivière Moïka, Pouchkine agonise pendant deux jours, entouré de ses amis et de sa famille. Il meurt le 10 février 1837 (29 janvier dans le calendrier julien) à 14 heures 45, à l'âge de trente-sept ans. Ses dernières paroles sont adressées à ses livres : « Adieu, mes amis. »

La nouvelle de la mort de Pouchkine provoque une émotion immense dans toute la Russie. Le jeune poète Mikhaïl Lermontov compose à chaud son célèbre poème La Mort du poète, une violente dénonciation de la haute société pétersbourgeoise jugée responsable de cette tragédie. Le tsar, craignant des émeutes, fait transférer secrètement le cercueil de nuit. Pouchkine est inhumé auprès de sa mère, dans le monastère Sviatogorski, près de Mikhaïlovskoïe. Le lieu du duel est devenu un site de mémoire visité chaque année par des milliers de personnes.

L'œuvre poétique de Pouchkine

L'œuvre de Pouchkine est d'une variété et d'une richesse remarquables pour un écrivain mort à trente-sept ans. Elle embrasse tous les genres littéraires et a profondément transformé chacun d'entre eux dans le contexte de la littérature russe.

GenreŒuvres majeures
Poésie lyriqueJe me souviens d'un instant merveilleux, Nuit d'hiver, Ode à la liberté, Le Prophète, Monument
Poèmes narratifsRouslan et Ludmila (1820), Le Prisonnier du Caucase (1821), Les Tsiganes (1824), Le Cavalier de bronze (1833)
Roman en versEugène Onéguine (1823-1831)
ThéâtreBoris Godounov (1825), Les Petites Tragédies (1830) : Mozart et Salieri, Le Convive de pierre, Le Chevalier avare
ProseLes Récits de Belkine (1831), La Dame de pique (1834), La Fille du capitaine (1836), Doubrovski (inachevé)
Contes en versLe Conte du tsar Saltan, Le Conte du pêcheur et du petit poisson, Le Conte du coq d'or (1831-1834)
Œuvres historiquesHistoire de la révolte de Pougatchév (1834), Le Nègre de Pierre le Grand (inachevé)

La poésie lyrique de Pouchkine se distingue par une combinaison unique de musicalité, de précision et d'émotion contenue. Ses vers, d'une fluidité naturelle, sont le fruit d'un travail acharné sur la métrique et la sonorité de la langue russe. Le poème Je me souviens d'un instant merveilleux (1825), dédié à Anna Kern, est l'un des plus beaux poèmes d'amour de la littérature mondiale.

Eugène Onéguine occupe une place à part dans la littérature russe. Ce « roman en vers » en huit chapitres, écrit dans une strophe originale de quatorze vers (la « strophe onéguinienne »), dépeint avec une ironie subtile et une tendresse profonde la société russe de son temps. L'histoire de Tatiana, jeune fille provinciale amoureuse de l'aristocrate blasé Onéguine, puis de son refus digne lorsqu'il la courtise des années plus tard, est devenue un archétype de la littérature russe. Tchaïkovski en tirera l'un de ses plus beaux opéras.

Le drame Boris Godounov marque une révolution dans le théâtre russe. Inspiré de l'Histoire de l'État russe de Karamzine et des drames historiques de Shakespeare, il rompt avec les unités classiques françaises pour créer un drame à scènes multiples où se mêlent vers et prose, tragique et comique, grands et petits personnages. Moussorgski en fera un opéra monumental en 1874.

Monument à Alexandre Pouchkine sur la place des Arts à Saint-Pétersbourg, sculpté par Mikhaïl Anokouchine
Le monument à Alexandre Pouchkine sur la place des Arts (« Plochad' Iskousstv ») de Saint-Pétersbourg, face au Musée Russe. Sculptée par Mikhaïl Anokouchine et inaugurée en 1957, cette statue est l'un des lieux de mémoire les plus visités de la ville. Photo Wikipedia, CC BY-SA 3.0

Les musées Pouchkine

La mémoire d'Alexandre Pouchkine est préservée dans plusieurs musées en Russie, dont trois sites majeurs sont liés aux étapes décisives de sa vie.

L'appartement-musée Moïka 12

Le musée-appartement de Pouchkine, situé au 12, rivière Moïka (Naberejnaya reki Moïki, 12) à Saint-Pétersbourg, est le lieu le plus émouvant associé au poète. C'est dans cet appartement que Pouchkine a vécu ses derniers mois avec sa famille, et c'est là qu'il est mort le 10 février 1837 après son duel. Le musée, inauguré en 1925 et rénové dans les années 1980, reconstitue l'intérieur tel qu'il était au moment de la mort du poète. On y découvre son cabinet de travail avec sa bibliothèque de près de 4 500 volumes, son bureau, le canapé sur lequel il agonisa, et le gilet taché de sang qu'il portait lors du duel. L'héritage culturel russe y est conservé avec un soin remarquable.

Le lycée de Tsarskoïe Selo

Le musée-lycée de Tsarskoïe Selo, situé dans la ville de Pouchkine (anciennement Tsarskoïe Selo, renommée en l'honneur du poète en 1937), occupe le bâtiment où se trouvait le lycée impérial de 1811 à 1843. Le visiteur peut découvrir la chambre du lycéen Pouchkine (numéro 14), la salle d'examen où il récita devant Derjavine, ainsi que les salles de cours et la bibliothèque du lycée. Le bâtiment est relié au palais Catherine par un passage couvert, rappelant le cadre privilégié dans lequel les jeunes lycéens évoluaient.

Mikhaïlovskoïe

La réserve-musée de Mikhaïlovskoïe, dans la province de Pskov, comprend le domaine familial des Pouchkine, le village voisin de Trigorskoie (propriété des Ossipov-Vulf, amis du poète) et le monastère Sviatogorski où Pouchkine est enterré. Le domaine de Mikhaïlovskoïe a été restauré à l'identique après les destructions de la Seconde Guerre mondiale. On y visite la maison du poète, la maisonnette de la nourrice, le parc et les allées où Pouchkine se promenait pendant son exil de 1824-1826.

L'héritage littéraire de Pouchkine

L'influence d'Alexandre Pouchkine sur la littérature et la culture russes est immense et durable. À sa mort, le poète Vassili Joukovski déclara : « Le Soleil de la poésie russe s'est couché », une formule devenue proverbiale. Cette métaphore résume parfaitement le statut unique de Pouchkine dans la conscience nationale russe : il est à la littérature russe ce que Shakespeare est à la littérature anglaise ou Goethe à la littérature allemande.

Pouchkine a véritablement créé la langue littéraire russe moderne. Avant lui, l'écrit oscillait entre le slavon d'église, lourd et archaïsant, et le français de la noblesse. Pouchkine a réalisé une synthèse géniale en forgeant une langue à la fois élégante et naturelle, enrichie du parler populaire, capable d'exprimer toutes les nuances de la pensée et de l'émotion. Pour ceux qui souhaitent découvrir cette langue façonnée par le poète, le site Langue-russe.fr offre des ressources précieuses sur la richesse du russe littéraire.

Tous les grands écrivains russes qui ont suivi Pouchkine se sont réclamés de son héritage. Gogol, son contemporain et ami, a puisé dans ses récits l'idée des Âmes mortes. Dostoïevski a déclaré dans son célèbre discours de 1880 que « Pouchkine est un prophète et un guide ». Tolstoï, admiratif de la prose limpide de Pouchkine, s'en est inspiré pour la concision de ses propres récits. Akhmatova a consacré une partie de ses travaux à l'étude de l'œuvre pouchkinienne.

L'œuvre de Pouchkine a également nourri la musique russe de manière déterminante. Les opéras tirés de ses œuvres comptent parmi les plus grands chefs-d'œuvre du répertoire lyrique : Eugène Onéguine et La Dame de pique de Tchaïkovski, Boris Godounov de Moussorgski, Rouslan et Ludmila de Glinka, Le Coq d'or de Rimski-Korsakov, Le Convive de pierre de Dargomyjski.

Aujourd'hui encore, Pouchkine occupe une place centrale dans la vie culturelle russe. Le 6 juin, jour de sa naissance, est célébré en Russie comme la Journée de la langue russe, établie par les Nations Unies en 2010. Ses poèmes sont appris par cœur dans toutes les écoles russes, ses personnages sont des références culturelles partagées, et son nom reste synonyme de génie littéraire et de beauté de la langue russe.

« Pouchkine est notre tout. »
— Apollon Grigoriev, critique littéraire russe

Questions fréquentes sur Alexandre Pouchkine

Pourquoi Pouchkine est-il considéré comme le père de la littérature russe ?

Alexandre Pouchkine est considéré comme le père de la littérature russe car il a été le premier à élever la langue russe au rang de grand instrument littéraire. Avant lui, la littérature russe était largement dominée par le français et l'allemand. Pouchkine a créé une langue poétique d'une souplesse et d'une richesse inédites, qui a servi de modèle à tous les écrivains russes après lui, de Gogol à Tolstoï en passant par Dostoïevski. Il a fondé le roman en vers, renouvelé le drame historique et posé les bases du récit en prose russe.

Comment est mort Alexandre Pouchkine ?

Alexandre Pouchkine est mort le 10 février 1837 (29 janvier selon le calendrier julien) des suites d'un duel au pistolet avec Georges-Charles de Heeckeren d'Anthès, un officier français de la Garde impériale russe. Le duel eut lieu sur les bords de la rivière Tchoïrnaïa, près de Saint-Pétersbourg. Pouchkine, touché à l'abdomen, agonisa pendant deux jours dans son appartement du 12, rivière Moïka, avant de s'éteindre à l'âge de trente-sept ans.

Où visiter les musées Pouchkine à Saint-Pétersbourg ?

Le principal musée Pouchkine à Saint-Pétersbourg est l'appartement-musée du 12, rivière Moïka, où le poète vécut ses derniers mois et mourut. On peut également visiter le lycée impérial de Tsarskoïe Selo (à Pouchkine, anciennement Tsarskoïe Selo), où Pouchkine fit ses études. L'Institut de littérature russe (Maison Pouchkine) sur le quai de l'Université conserve également de précieux manuscrits du poète.

Quelles sont les œuvres les plus célèbres de Pouchkine ?

Les œuvres les plus célèbres de Pouchkine comprennent le roman en vers Eugène Onéguine (1823-1831), considéré comme son chef-d'œuvre, le drame historique Boris Godounov (1825), les poèmes narratifs Rouslan et Ludmila (1820) et Le Cavalier de bronze (1833), la nouvelle La Dame de pique (1834), le roman La Fille du capitaine (1836) et les Contes en vers (1831-1834). Son œuvre poétique lyrique compte également parmi les sommets de la littérature russe.

Quel est le lien entre Pouchkine et la langue russe moderne ?

Pouchkine est considéré comme le créateur de la langue littéraire russe moderne. Avant lui, l'écrit oscillait entre le slavon d'église, très formel, et le français de l'aristocratie. Pouchkine a synthétisé ces influences en créant une langue à la fois élégante et accessible, enrichie du parler populaire. Cette langue est restée la base du russe littéraire jusqu'à nos jours, et le 6 juin, date de naissance de Pouchkine, est célébré en Russie comme la Journée de la langue russe, reconnue par l'ONU depuis 2010.