Hôtel Istria, refuge des artistes à Montparnasse
Au 29 de la rue Campagne-Première, dans le XIVe arrondissement de Paris, l’Hôtel Istria fut dans les années 1920 l’un des hauts lieux de la création artistique européenne. Vladimir Maïakovski, Elsa Triolet, Marcel Duchamp, Man Ray, Erik Satie : le petit hôtel de Montparnasse a abrité certains des noms les plus célèbres de l’avant-garde du XXe siècle.
Sommaire
La rue Campagne-Première et le Montparnasse des années folles
Au début du XXe siècle, le quartier de Montparnasse devient le cœur battant de la vie artistique internationale à Paris. La rue Campagne-Première, située entre le boulevard du Montparnasse et le cimetière du même nom, concentre ateliers d’artistes, galeries et hôtels bon marché où s’installent les créateurs venus du monde entier.
L’Hôtel Istria occupe une place particulière dans cette géographie artistique. Modeste établissement aux chambres simples mais propres, il offrait aux artistes désargentés un toit abordable au cœur du quartier. Son nom évoque l’Istrie, région adriatique alors partagée entre l’Italie et la Yougoslavie, reflet du cosmopolitisme ambiant.
Les artistes de l’Hôtel Istria
Dans l’effervescence créatrice des années 1920, l’Hôtel Istria accueillit une constellation d’artistes :
- Francis Picabia et Marcel Duchamp, figures du mouvement Dada et de l’art conceptuel
- Moïse Kisling, peintre d’origine polonaise et figure de l’École de Paris
- Man Ray, photographe et plasticien américain, qui réalisa ici certains de ses portraits les plus célèbres
- Kiki de Montparnasse, modèle et égérie des avant-gardes
- Erik Satie, compositeur excentrique et novateur
- Rainer Maria Rilke, poète autrichien, et Tristan Tzara, fondateur du mouvement Dada
- Vladimir Maïakovski, poète futuriste russe, et Louis Aragon, qui y retrouvait Elsa Triolet
La présence russe à Montparnasse
L’Hôtel Istria s’inscrit dans une géographie plus large de la présence russe à Paris. Après la Révolution de 1917, Montparnasse accueille une vague d’artistes et d’intellectuels russes qui transforment le quartier en un foyer de création cosmopolite. Parmi les artistes russes installés à Montparnasse figuraient Ossip Zadkine, Marc Chagall, Chaïm Soutine et Marie Vassilieff.
Le café de la Rotonde, le Dôme et la Coupole, à quelques pas de l’Hôtel Istria, servaient de salons informels où se croisaient les émigrés russes et les artistes parisiens. Les conversations mêlaient le français et le russe, le surréalisme et le futurisme, l’art et la politique.
Maïakovski et Elsa Triolet
L’Hôtel Istria est particulièrement lié à l’histoire d’amour entre Louis Aragon et Elsa Triolet (née Ella Kagan à Moscou en 1896). C’est ici que le poète surréaliste français retrouvait l’écrivaine russe qui deviendra son épouse et sa muse. Elsa Triolet, sœur de Lili Brik (l’égérie de Maïakovski), créait ainsi un pont vivant entre les avant-gardes russe et française.
Vladimir Maïakovski lui-même séjourna à l’Hôtel Istria lors de ses visites à Paris. Le poète futuriste, figure majeure de la littérature russe d’avant-garde, trouvait à Montparnasse un écho à son goût pour la provocation artistique et le mélange des genres.
L’Hôtel Istria aujourd’hui
L’Hôtel Istria existe toujours au 29 rue Campagne-Première. Rénové et reclassifié, il a perdu le charme bohème de ses années de gloire, mais une plaque commémorative sur la façade rappelle les hôtes illustres qui ont fait sa réputation. La rue Campagne-Première conserve d’autres témoignages de cette époque, notamment l’immeuble d’ateliers au n°31bis, œuvre de l’architecte André Arfvidson, avec sa façade ornée de céramiques d’Alexandre Bigot.
| Informations pratiques | |
|---|---|
| Adresse | 29, rue Campagne-Première, 75014 Paris |
| Quartier | Montparnasse (XIVe arrondissement) |
| Métro | Raspail (lignes 4 et 6) |
| Période de gloire | Années 1920 |