Cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux : joyau de la place Rouge

La cathédrale de l'Intercession-de-la-Vierge (Собор Покрова Пресвятой Богородицы), universellement connue sous le nom de cathédrale Saint-Basile, est le monument le plus emblématique de Moscou. Érigée entre 1555 et 1561 sur ordre d'Ivan le Terrible, ses neuf bulbes colorés dominent la place Rouge et sont devenus le symbole de la Russie dans le monde entier.

Sommaire

Cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux vue depuis la place Rouge de Moscou
La cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux et ses bulbes colorés, vue depuis la place Rouge

La construction sous Ivan le Terrible

En 1552, le tsar Ivan IV (Ivan le Terrible) remporte une victoire décisive en s'emparant de la ville de Kazan, mettant fin à plus de deux siècles de domination tatare. Pour commémorer ce triomphe, il ordonne la construction d'une cathédrale sur la place du Marché (future place Rouge), à quelques pas des murailles du Kremlin. Les travaux commencent en 1555 et s'achèvent en 1561.

L'architecte principal est Postnik Iakovlev, originaire de Pskov, peut-être secondé par un certain Barma — les historiens débattent encore pour savoir s'il s'agit de deux personnes distinctes ou d'un seul et même homme. Le projet initial prévoyait huit chapelles disposées autour d'une église centrale, chacune dédiée au saint du jour d'une victoire contre les Tatars. Une neuvième chapelle fut ajoutée en 1588 pour abriter les reliques de Basile le Bienheureux, le « fol en Christ » qui donna son nom populaire à l'édifice.

Une architecture unique au monde

La cathédrale Saint-Basile ne ressemble à aucun autre édifice religieux. Ses neuf coupoles en bulbe, ajoutées au XVIIe siècle en remplacement des coupoles d'origine, offrent chacune un motif et une couleur différents : spirales, zigzags, losanges, dans des teintes vives de rouge, vert, bleu et or. Cette polychromie éblouissante symbolise la Jérusalem céleste et constitue un unicum dans l'architecture russe médiévale.

L'édifice mesure 65 mètres de hauteur et se compose en réalité de neuf églises distinctes bâties sur un même soubassement, reliées par des galeries et des escaliers. La tour centrale, coiffée d'une toiture en tente (chatior), domine l'ensemble. L'architecture mêle des influences byzantines, orientales et des traditions de la construction en bois du nord de la Russie, créant un style absolument original qui fascine les visiteurs du patrimoine russe depuis cinq siècles.

Détail des bulbes colorés de la cathédrale Saint-Basile de Moscou
Détail des bulbes aux motifs et couleurs tous différents

L'intérieur et les neuf chapelles

Si l'extérieur impressionne par sa fantaisie, l'intérieur surprend par son étroitesse. Les neuf chapelles, conçues pour la prière individuelle plutôt que pour de grandes cérémonies, sont reliées par d'étroits passages voutés et des escaliers en colimaçon. La chapelle centrale de l'Intercession, la plus vaste, est couronnée d'une vote octogonale s'élevant à 47 mètres.

Les murs sont ornés de fresques murales datant du XVIe siècle, restaurées au fil des siècles, représentant des scènes bibliques et des motifs floraux. La chapelle de Saint-Basile, au niveau inférieur, abrite le tombeau du bienheureux et possède une iconostase richement décorée. Le musée conserve également une collection d'icônes anciennes et d'objets liturgiques de grande valeur.

Légendes et histoire tumultueuse

La légende la plus célèbre prétend qu'Ivan le Terrible fit crever les yeux de l'architecte pour l'empêcher de construire un édifice plus beau ailleurs. Bien qu'aucune source historique fiable ne confirme cette histoire, elle contribue au mythe entourant ce monument extraordinaire.

La cathédrale a survécu à de multiples périls : incendies, invasion de Napoléon en 1812 (il aurait voulu la détruire), et surtout le projet de démolition de Staline dans les années 1930 pour élargir la place Rouge. Selon la tradition, l'architecte Piotr Baranovskii déchira les plans de démolition et fut emprisonné, mais la cathédrale fut sauvée. Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1990, elle reste aujourd'hui l'un des monuments les plus visités de Russie.

Vue panoramique de la cathédrale Saint-Basile et de la place Rouge de Moscou
La cathédrale Saint-Basile domine la place Rouge, au pied du Kremlin

Visiter la cathédrale aujourd'hui

Depuis 1928, la cathédrale Saint-Basile est une branche du Musée historique d'État de Moscou. Ouverte aux visiteurs toute l'année, elle permet de découvrir l'intérieur des neuf chapelles, les galeries ornées de fresques et la collection d'icônes. La visite se fait sans guide obligatoire, mais des audioguides en français sont disponibles.

La cathédrale est située à l'extrémité sud de la place Rouge, à quelques minutes à pied de la station de métro Plochad Revolutsii. L'éclairage nocturne met magnifiquement en valeur les bulbes colorés, offrant un spectacle inoubliable aux promeneurs du soir.

« Quand on aperçoit pour la première fois Saint-Basile, on croit rêver : c'est un édifice qui ne ressemble à rien de connu. » — Théophile Gautier, Voyage en Russie (1867)

Questions fréquentes sur la cathédrale Saint-Basile

Pourquoi la cathédrale Saint-Basile a-t-elle des bulbes colorés ?

Les bulbes colorés ont été ajoutés au XVIIe siècle pour remplacer les coupoles d'origine. Chaque chapelle possède un bulbe unique aux motifs et couleurs différents, symbolisant la Jérusalem céleste. Aucun document historique n'explique le choix précis des couleurs.

Qui a fait construire la cathédrale Saint-Basile ?

Le tsar Ivan IV (Ivan le Terrible) fit construire la cathédrale entre 1555 et 1561 pour célébrer la prise de Kazan en 1552. L'architecte principal était Postnik Iakovlev, peut-être aidé de Barma.

Peut-on visiter l'intérieur de la cathédrale Saint-Basile ?

Oui, la cathédrale est un musée ouvert aux visiteurs. On y découvre les neuf chapelles intérieures reliées par des galeries, des fresques murales du XVIe siècle et une collection d'icônes anciennes.