Valéry Brioussov (1873-1924) : fondateur du symbolisme russe

Mis à jour le 1er mars 2026 • Temps de lecture : 9 min
Valéry Iakovlevitch Brioussov (Валерий Яковлевич Брюсов), né le 13 décembre 1873 et mort le 9 octobre 1924 à Moscou, fut le fondateur du symbolisme russe. Poète, traducteur de Verlaine et Mallarmé, éditeur de la revue Vesy (La Balance), il domina la vie littéraire moscovite pendant deux décennies. Après la Révolution, il collabora avec le régime soviétique et fonda un institut littéraire qui porte encore son nom.

Sommaire

Valéry Brioussov, poète symboliste russe
Valéry Brioussov à Moscou

Jeunesse moscovite : « d'énormes paquets de papier gribouillé »

Brioussov naquit en 1873 dans une famille de commerçants de Moscou. Il était le petit-fils du poète Alexandre Bakouline, auteur des Fables du provincial. L'enfant apprit à lire à quatre ans et s'installa littéralement dans la bibliothèque familiale, dévorant biographies, classiques étrangers et littérature scientifique.

Le jeune Brioussov reçut une éducation originale. Comme il l'écrira plus tard : « J'étais soigneusement protégé contre les contes de fées, contre toutes sortes de diableries. Mais les idées de Darwin et les principes du matérialisme, je les ai appris avant la multiplication. » Dès la maternelle, il écrivit sa première comédie, La Grenouille.

À onze ans, il entra au gymnase privé Kreiman, puis au gymnase Polivanov, l'un des meilleurs de Moscou. Passionné de lecture et d'écriture, il publiait déjà un journal manuscrit, Le Commencement, avec des camarades. À treize ans, sa première publication était un article dans le magazine Russian Sport sur les courses de chevaux.

« Sans relâche, j'ai commencé de nouvelles œuvres. J'ai essayé toutes les formes — sonnets, tercines, octaves, triolets, rondos. J'ai écrit des drames, des nouvelles, des romans... Je remplissais d'énormes paquets de papier gribouillé. » — Valéry Brioussov

Le fondateur du symbolisme russe

Au début des années 1890, Brioussov découvrit les symbolistes françaisCharles Baudelaire, Paul Verlaine, Stéphane Mallarmé — qui transformèrent sa conception de la poésie. En 1893, il écrivit une lettre à Verlaine dans laquelle il se présentait comme le fondateur du symbolisme en Russie.

La même année, il entra à la faculté d'histoire et de philologie de l'université de Moscou, où il étudia histoire, philosophie et langues étrangères. Il apprenait parfois une langue uniquement pour lire un auteur étranger en version originale.

En 1894-1895, Brioussov publia trois petits recueils collectifs intitulés Symbolistes russes (Rousskié simvolisty), première manifestation publique du mouvement en Russie. Nombre des poèmes étaient en fait de lui-même, sous divers pseudonymes — stratégie audacieuse pour créer l'illusion d'un mouvement déjà constitué.

Son premier recueil personnel, Chefs-d'œuvre (1895), fit scandale par son titre orgueilleux. Dans la préface, le jeune poète écrivait : « Ce n'est pas aux contemporains ni même à l'humanité que je lègue ce livre, mais à l'éternité et à l'art. » Les critiques le raillèrent, mais Brioussov était lancé.

Couverture de la revue Vesy (La Balance) fondée par Brioussov
La revue Vesy (La Balance, 1904-1909) — Source : Wikimedia Commons (domaine public, à sourcer)

Vesy et l'âge d'argent de la poésie russe

En 1897, Brioussov épousa Ioanna Rount, gouvernante de ses sœurs, qui devint la gardienne fidèle de ses manuscrits. Le couple vécut modestement à Moscou, où Brioussov travaillait à la maison d'édition Scorpion tout en publiant poèmes, critiques et traductions.

L'apogée de son influence vint avec la fondation de la revue Vesy (Весы, La Balance) en 1904. Pendant cinq ans, cette revue mensuelle fut la tribune centrale du symbolisme russe. Brioussov y publiait de la poésie, de la critique, des traductions, et servait de pont entre la Russie et les mouvements littéraires européens.

Son troisième recueil, Urbi et Orbi (1903), marqua la maturité de son art. Les thèmes urbains, historiques et mythologiques s'y mêlaient dans une poésie savante et rigoureuse. Son roman historique L'Autel de la Victoire (1913), situé dans la Rome antique, témoignait de sa vaste culture et de sa maîtrise des formes narratives.

Les grands compositeurs russes s'intéressèrent à ses textes : Rachmaninov, Mikhail Gnesin, Gliere et Gretchaninov écrivirent des mélodies sur ses poèmes. Autour de lui gravitaient les figures de l'âge d'argent : Alexandre Blok, Andreï Biely, Constantin Balmont, Viatcheslav Ivanov.

Œuvre poétique : entre érudition et modernité

L'œuvre de Brioussov se distingue par son érudition encyclopédique et sa virtuosité formelle. Grand connaisseur des littératures anciennes et modernes, il puisait ses sujets dans l'Antiquité romaine, la Renaissance, l'histoire médiévale et la vie urbaine contemporaine.

Ses recueils principaux :

Brioussov fut aussi un traducteur majeur. Ses versions de Verlaine, Mallarmé, Verhaeren, Edgar Poe, Goethe et Virgile contribuèrent à enrichir la culture littéraire russe. Il considérait la traduction comme un art à part entière, exigeant autant de talent que la création originale.

Brioussov et la Révolution

Contrairement à la plupart des écrivains symbolistes, Brioussov accepta la Révolution d'Octobre 1917. Dès 1918, il travailla dans les institutions culturelles du nouveau régime. En 1920, il adhéra au Parti communiste — décision qui surprit nombre de ses anciens compagnons.

Il dirigea le département scientifique du Narkompros (Commissariat à l'instruction publique), fonda l'Institut supérieur littéraire et artistique en 1921 — qui deviendra l'Institut littéraire Brioussov, toujours actif à Moscou — et continua de publier poèmes et traductions.

Brioussov mourut le 9 octobre 1924 à Moscou, à l'âge de cinquante ans, d'une pneumonie aggravée par des années de travail acharnĂ©. Son héritage est double : il avait importé le symbolisme en Russie et formé toute une génération de poètes de l'âge d'argent, avant de tenter, non sans contradictions, de mettre sa culture au service du monde nouveau.

Valéry Brioussov dans son cabinet de travail à Moscou
Brioussov dans son cabinet — Source : Wikimedia Commons (domaine public, à sourcer)

Questions fréquentes

Pourquoi Brioussov est-il considéré comme le fondateur du symbolisme russe ?

En 1894-1895, Brioussov publia trois recueils intitulés Symbolistes russes, première manifestation du mouvement en Russie. Il traduisit Verlaine, Mallarmé et Maeterlinck, et dirigea la revue Vesy (1904-1909), tribune centrale du symbolisme russe.

Qu'est-ce que la revue Vesy (La Balance) ?

Vesy fut la principale revue du symbolisme russe, publiée à Moscou de 1904 à 1909 sous la direction de Brioussov. Elle publiait poésie, critique et traductions, et servait de lien entre le symbolisme russe et les mouvements européens.

Quelle a été l'attitude de Brioussov envers la Révolution ?

Brioussov accepta la Révolution d'Octobre et adhéra au Parti communiste en 1920. Il dirigea des institutions littéraires et fonda un Institut littéraire qui porte son nom à Moscou.