Nikolaï Starostine (1902-1996) : fondateur du Spartak Moscou

Nikolaï Petrovitch Starostine (en russe : Николай Петрович Старостин), né le 26 février 1902 à Moscou et mort le 17 février 1996 dans la même ville, est l'une des figures les plus emblématiques du sport soviétique. Footballeur d'exception, il est surtout connu comme le fondateur et l'âme du FC Spartak Moscou, l'un des clubs les plus populaires de Russie.

Portrait de Nikolai Starostine, fondateur du Spartak Moscou

Jeunesse et débuts dans le sport

Né dans une famille modeste de Moscou, Nikolaï Starostine grandit dans le quartier de Presnia, un faubourg ouvrier où le sport occupe une place importante. Dès son adolescence, il se distingue dans plusieurs disciplines : football, hockey sur glace et même athlétisme. Il n'est pas le seul sportif de la famille — ses trois frères, Aleksandr, Andrei et Piotr, deviendront également des athlètes de renom. Ensemble, les quatre frères Starostine écriront l'une des pages les plus remarquables de l'histoire du sport russe.

Dans les années 1920, Nikolaï s'impose comme l'un des meilleurs footballeurs du pays. Il porte le maillot de l'équipe nationale soviétique et participe à plusieurs rencontres internationales. Capitaine charismatique, il allie technique, vision du jeu et un sens inné du leadership qui fait de lui un meneur naturel sur le terrain comme en dehors.

La fondation du Spartak Moscou

Équipe du Spartak Moscou dans les années 1930

En 1935, Nikolaï Starostine fonde avec ses frères le club sportif Spartak Moscou, dont le nom est inspiré du gladiateur Spartacus, symbole de rébellion et de liberté. Contrairement aux autres grands clubs soviétiques, le Spartak n'est affilié ni à l'armée (comme le CDKA, futur CSKA) ni à la police secrète (comme le Dynamo, soutenu par le NKVD de Lavrenti Beria). Le Spartak est le « club du peuple », rattaché aux syndicats de coopératives, ce qui lui confère une identité unique et une immense popularité dans toute l'Union soviétique.

Sous la direction de Starostine, le Spartak remporte plusieurs titres de champion d'URSS dans les années 1930 et s'impose comme une institution majeure du football soviétique. La rivalité avec le Dynamo Moscou, protégé de Beria, dépasse largement le cadre sportif : elle cristallise l'opposition entre le peuple et le pouvoir répressif.

L'arrestation et le goulag

En 1942, en pleine Seconde Guerre mondiale, les quatre frères Starostine sont arrêtés sur ordre de Lavrenti Beria, le redouté chef du NKVD. Les accusations sont fabriquées de toutes pièces : on leur reproche d'avoir préparé un attentat contre Staline et d'avoir tenté de fuir à l'étranger. En réalité, Beria ne supporte pas les victoires du Spartak face à « son » Dynamo. Nikolaï est condamné à dix ans de camp de travail.

Pendant sa détention, Starostine survit grâce à ses compétences sportives : il organise des équipes de football dans les camps, ce qui lui vaut un traitement relativement moins dur que celui réservé à d'autres prisonniers politiques. Après la mort de Staline en 1953 et l'exécution de Beria, les frères Starostine sont réhabilités.

Le retour et l'héritage

Stade du Spartak Moscou, héritage de Nikolaï Starostine

De retour à Moscou, Nikolaï Starostine reprend sa place à la tête du Spartak. Il occupe le poste de directeur général du club pendant plusieurs décennies, veillant à préserver l'esprit d'indépendance et de fierté populaire qui caractérise le Spartak depuis sa fondation. Sous sa gouverne, le club continue de remporter des titres et de former des générations de grands joueurs.

Nikolaï Starostine s'éteint le 17 février 1996 à Moscou, à l'âge de 93 ans. Il laisse derrière lui un héritage considérable : le Spartak Moscou, avec ses douze titres de champion d'URSS et dix titres de champion de Russie, reste le club le plus titré et le plus populaire du pays. Son autobiographie, Futbol skvoz gody (« Le football à travers les années »), constitue un témoignage précieux sur l'histoire du sport soviétique et sur les rapports entre sport et pouvoir politique en URSS.

Le destin des frères Starostine incarne de manière saisissante les contradictions du système soviétique, où la célébrité et l'amour du peuple ne protégeaient pas de l'arbitraire du pouvoir. Leur histoire rappelle également que le sport, en Russie comme ailleurs, n'a jamais été séparé de la politique.