Mikhaïl Svetlov (1903-1964) : le poète de Grenada

Mikhaïl Arkadiévitch Svetlov (en russe : Михаил Аркадьевич Светлов), né Mikhaïl Scheinkmann le 17 juin 1903 à Iekaterinoslav (aujourd'hui Dnipro, en Ukraine) et mort le 28 septembre 1964 à Moscou, est un poète et dramaturge soviétique. Il reste dans l'histoire de la poésie russe comme l'auteur de Grenada, l'un des poèmes les plus célèbres de la littérature soviétique.

Portrait du poète Mikhaïl Svetlov vers 1928

Jeunesse et débuts littéraires

Né dans une famille juive modeste d'Iekaterinoslav, dans le sud de l'Empire russe, le jeune Mikhaïl participe activement à la Guerre civile russe dès l'âge de seize ans. Il s'engage dans l'Armée rouge en 1920 et combat dans les rangs bolcheviques. Cette expérience de la révolution et du combat marque profondément sa poésie, toute empreinte d'idéalisme internationaliste et de romantisme révolutionnaire.

Après la guerre, Svetlov s'installe à Moscou et publie ses premiers poèmes. Il adopte le pseudonyme Svetlov (« lumineux ») et s'intègre rapidement aux cercles littéraires de la capitale. Il fréquente les poètes du groupe des « Jeunes » et se fait remarquer par la fraîcheur et le lyrisme de ses vers, qui tranchent avec le ton formaliste ou didactique de nombre de ses contemporains.

Grenada : le poème qui l'a immortalisé

En 1926, Svetlov publie Grenada (Гренада), un poème qui lui apporte une célébrité immédiate et durable. Le texte raconte l'histoire d'un jeune paysan ukrainien qui part combattre dans la Guerre civile et rêve de libérer la lointaine Grenade espagnole, symbole de tous les combats pour la liberté. Le poème, avec son refrain mélancolique — « Grenada, Grenada, Grenada mienne » — devient un chant de toute une génération. Il est mis en musique et chanté dans toute l'Union soviétique. Dix ans plus tard, pendant la Guerre civile espagnole (1936-1939), les brigades internationales soviétiques l'adoptent comme hymne, réalisant prophétiquement le rêve du poème. Cette œuvre reste l'un des sommets de la poésie révolutionnaire en langue russe.

Enveloppe postale commémorative soviétique dédiée à Mikhaïl Svetlov

L'œuvre poétique et dramatique

Au-delà de Grenada, Svetlov produit une œuvre poétique abondante tout au long des années 1920 et 1930. Ses recueils Rails (1923), Noctambule (1927) et Nuit (1928) témoignent d'un lyrisme délicat mêlé d'humour. Svetlov est également dramaturge : sa pièce L'Ombre profonde (1929) et surtout Vingt ans plus tard (1940) connaissent un vrai succès sur les scènes soviétiques.

Son style se caractérise par un mélange singulier de romantisme et d'ironie douce, une capacité à marier la grandeur des idéaux révolutionnaires avec une tendresse pour les petites choses de la vie quotidienne. Contrairement à d'autres poètes soviétiques, Svetlov ne sombre jamais dans la grandiloquence ni dans la propagande plate.

La guerre et les dernières années

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Svetlov s'engage comme correspondant de guerre. Il écrit des poèmes patriotiques et des reportages pour les journaux du front. Après la guerre, il connaît une période de relatif effacement avant de retrouver la reconnaissance dans les années 1950. En 1959, il reçoit le Prix Lénine de littérature pour sa pièce Un chant d'amour (1958), récompense qui couronne tardivement l'ensemble de son œuvre.

Figure aimée du monde littéraire moscovite, Svetlov était célèbre pour son esprit et ses bons mots. Nombreux sont les aphorismes qu'on lui attribue, reflétant cette ironie bienveillante qui caractérisait aussi bien l'homme que le poète. Il formait les jeunes auteurs à l'Institut littéraire Gorki de Moscou, où il enseignait la poésie.

Tombe de Mikhaïl Svetlov au cimetière de Novodevitchi à Moscou

Mikhaïl Svetlov s'éteint le 28 septembre 1964 à Moscou. Il est inhumé au cimetière de Novodevitchi, auprès d'autres grandes figures de la culture russe et soviétique. Son poème Grenada continue d'être récité et chanté en Russie, témoignage d'une époque où la poésie occupait une place centrale dans la vie publique soviétique.