Arkhip Kouïndji naquit dans une famille pauvre de Grecs pontiques à Marioupol (alors Mariampol), sur les rives de la mer d'Azov. Le nom « Kouïndji » signifie « orfèvre » en turc, métier qu'exerçait son grand-père. Orphelin très jeune, il fut élevé par des parents éloignés et travailla comme berger, maçon puis retoucheur de photographies.
Autodidacte obstiné, le jeune Arkhip tenta à trois reprises d'entrer à l'Académie impériale des beaux-arts de Saint-Pétersbourg. Accepté en 1868 comme auditeur libre, il ne suivit jamais un cursus complet mais observa et apprit en étudiant les maîtres au musée Russe et à l'Ermitage. Il admira particulièrement Ivan Aïvazovski, dont il tenta de devenir l'élève à Féodossia.
Dans les années 1870, Kouïndji se rapprocha du mouvement des Ambulants (Peredvijniki), ces peintres réalistes qui, à la suite d'Ivan Kramskoï, quittèrent l'Académie pour organiser des expositions itinérantes à travers la Russie.
Il participa aux expositions du groupe de 1874 à 1879, y présentant des paysages d'Ukraine qui lui valurent une reconnaissance croissante :
Cependant, Kouïndji s'éloigna des Ambulants en 1879, refusant la dimension sociale et narrative de leur programme. Il poursuivait un idéal plus poétique : capter la lumière pure dans le paysage, presque abstraitement.
Le sommet de la carrière de Kouïndji fut l'exposition d'un seul tableau en novembre 1880 : la Nuit au clair de lune sur le Dniepr. Cette exposition monographique, fait unique dans l'histoire de l'art russe, fit sensation.
« Des foules se pressaient devant la toile. Les spectateurs regardaient derrière le tableau, convaincus qu'une lampe était cachée derrière la toile pour produire cet éclat lunaire irréel. » — Témoignage d'un critique contemporain
Kouïndji obtint cet effet grâce à une maîtrise exceptionnelle du contraste chromatique et à l'utilisation de pigments spéciaux, notamment le vert de chrome, qui créait une luminescence presque phosphorescente. Le savant Dmitri Mendeleïev, ami du peintre, étudia scientifiquement la composition de ses pigments.
Le grand-duc Constantin Constantinovitch acheta le tableau avant même l'ouverture de l'exposition. Il est aujourd'hui conservé à la Galerie Tretiakov de Moscou.
Fait extraordinaire, au sommet de sa gloire, Kouïndji cessa d'exposer en 1882 et se retira de la vie publique pendant près de trente ans. Il continua à peindre dans le secret de son atelier, accumulant des centaines de toiles que personne ne voyait.
Pendant cette période, il se consacra à l'enseignement. Nommé professeur à l'Académie des beaux-arts en 1894, il forma une génération exceptionnelle de paysagistes, dont Nicolas Roerich, Arkadi Rylov et Constantin Bogaievski. Kouïndji était un pédagogue généreux : il aidait financièrement ses élèves défavorisés et leur organisait des voyages d'étude en Crimée et dans le Caucase.
À sa mort en 1910, on découvrit dans son atelier plus de 500 œuvres inédites, qui furent léguées à la Société des artistes de Saint-Pétersbourg.
L'influence de Kouïndji sur la peinture russe fut considérable. Il ouvrit la voie à une approche plus décorative et symboliste du paysage, annonciatrice du mouvement Mir Iskousstva (Le Monde de l'art). Son élève Nicolas Roerich porta cette esthétique jusqu'en Inde, où il devint l'un des peintres les plus célèbres du Himachal Pradesh.
Ses œuvres sont conservées principalement au :
Kouïndji fut enterré au cimetière Smolenskoie de Saint-Pétersbourg. En 2019, sa Tache de lune dans une forêt fut brièvement volée à la Galerie Tretiakov, suscitant un scandale médiatique mondial.
Kouïndji possédait un talent exceptionnel pour rendre les effets de lumière dans ses paysages. Sa Nuit au clair de lune sur le Dniepr (1880) produisait une illusion de luminosité si saisissante que les spectateurs soupçonnèrent un éclairage caché derrière la toile.
Kouïndji participa aux expositions des Ambulants dans les années 1870, mais il quitta le groupe en 1879 pour suivre sa propre voie. Il privilégiait une approche plus poétique et décorative du paysage, s'éloignant du réalisme social des Ambulants.
La plus grande collection d'œuvres de Kouïndji se trouve au musée Russe de Saint-Pétersbourg. La Galerie Tretiakov de Moscou en conserve également plusieurs, dont la célèbre Nuit au clair de lune sur le Dniepr.
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