Fiodor Chaliapine (1873-1938) : le plus grand chanteur d'opéra russe

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Fiodor Ivanovitch Chaliapine (Фёдор Иванович Шаляпин) est considéré comme la plus grande basse de l'histoire de l'opéra. Né dans la pauvreté à Kazan, il s'est hissé jusqu'aux scènes du Bolchoï, de La Scala et du Metropolitan Opera grâce à une voix d'une puissance exceptionnelle et un talent dramatique sans précédent. Son incarnation de Boris Godounov reste légendaire. Exilé en France à partir de 1922, il est mort à Paris en 1938.
Portrait de Fiodor Chaliapine, chanteur d'opéra russe, basse légendaire
Fiodor Chaliapine, vers 1910. Domaine public.

Biographie

Nom completFiodor Ivanovitch Chaliapine (Шаляпин)
Naissance1er février (13 février) 1873, Kazan (Empire russe)
Décès12 avril 1938, Paris (France)
VoixBasse profonde (basse noble)
ThéâtresBolchoï, Mariinski, La Scala, Metropolitan Opera
Rôles majeursBoris Godounov, Méphisto, Don Quichotte, Ivan le Terrible
DistinctionsArtiste du peuple de l'URSS (1918, retiré en 1927, rétabli en 1991)

Fiodor Chaliapine naît en 1873 à Kazan, dans une famille paysanne très modeste. Son père, Ivan Iakovlevitch, est employé municipal ; sa mère, Evdokia Mikhaïlovna, travaille comme femme de ménage. L'enfance de Fiodor est marquée par la pauvreté, les coups et le travail précoce. Dès l'âge de neuf ans, il chante dans un chœur d'église, ce qui révèle sa voix exceptionnelle.

À douze ans, il assiste à une représentation d'opéra au théâtre de Kazan et en sort bouleversé. Dès lors, il sait que le théâtre sera sa vie. Mais les années qui suivent sont difficiles : il parcourt la Russie avec des troupes itinérantes, connaît la misère et le désespoir. Ce n'est qu'à vingt ans, après une audition réussie à Tiflis (Tbilissi), que sa carrière commence véritablement.

Des origines modestes au sommet. Chaliapine est l'un des rares artistes de l'ère impériale à être issu du peuple. Son parcours, de la misère de Kazan aux plus grandes scènes du monde, est une histoire d'ascension unique dans l'histoire de la musique.

Savva Mamontov et la révélation

En 1896, le mécène Savva Mamontov invite Chaliapine à rejoindre son Opéra privé de Russie à Moscou. C'est le tournant décisif. Mamontov, industriel passionné d'art, offre au jeune chanteur une liberté artistique totale, loin des conventions rigides des théâtres impériaux.

Chez Mamontov, Chaliapine développe un style révolutionnaire : il ne se contente plus de chanter, il incarne ses personnages. Chaque geste, chaque expression du visage, chaque déplacement sur scène participe à la création d'un personnage vivant. Cette approche, radicalement nouvelle pour l'époque, fait de lui le précurseur du jeu réaliste à l'opéra.

C'est également chez Mamontov que Chaliapine se lie d'amitié avec les plus grands artistes de son temps : les peintres Vroubel, Korovine et Serov (qui réalise son célèbre portrait), et surtout l'écrivain Maxime Gorki, qui deviendra l'un de ses plus proches amis.

Le Bolchoï et la consécration

De 1899 à 1914, Chaliapine est engagé au Théâtre Bolchoï de Moscou, où il règne en maître absolu. Sa réputation grandit d'année en année. En 1901, il fait des débuts sensationnels à La Scala de Milan dans le rôle de Méphisto (Mefistofele de Boito), provoquant une véritable ovation.

Il est nommé Soliste de Sa Majesté auprès du tsar Nicolas II en 1911 — un titre prestigieux qui lui vaut cependant les critiques des intellectuels libéraux, hostiles à l'autocratie. Cet épisode illustre la position complexe de Chaliapine : un artiste du peuple, adoré par les foules, mais pris entre les forces politiques de son époque.

Fiodor Chaliapine dans le rôle de Boris Godounov, opéra de Moussorgski
Chaliapine dans le rôle de Boris Godounov (vers 1912). Domaine public.

Boris Godounov : le rôle d'une vie

L'incarnation de Boris Godounov dans l'opéra de Modest Moussorgski est le sommet de la carrière de Chaliapine. Il interprète ce rôle pour la première fois en 1898 chez Mamontov, puis le peaufine pendant des décennies.

En 1908, lors des Saisons russes de Serge de Diaghilev à Paris, son Boris Godounov provoque un choc dans le public français. L'opéra de Moussorgski, inconnu en Occident, est révélé en même temps que le génie de Chaliapine. La presse parisienne parle d'un « séisme artistique ».

« Il ne jouait pas Boris. Il était Boris. Quand il mourait sur scène, le public retenait son souffle, convaincu d'assister à une véritable agonie. » — Témoignage d'un critique après la première parisienne de 1908

Chaliapine a fait de Boris Godounov bien plus qu'un rôle : une création théâtrale complète où la voix, le maquillage (qu'il concevait lui-même), les costumes et les gestes formaient un tout. Il dessinait chaque costume et étudiait chaque détail historique avec une obsession de la vérité.

Les grands rôles

Révolution et exil

Chaliapine accueille la révolution de Février 1917 avec une certaine sympathie. Il est nommé directeur artistique du Théâtre Mariinski à Petrograd. En 1918, le nouveau régime lui décerne le titre de premier Artiste du peuple de la République.

Mais la réalité du régime soviétique le déçoit rapidement. Ses biens sont confisqués, sa liberté artistique menacée. Le 31 mars 1922, il obtient l'autorisation de quitter l'URSS pour une tournée à l'étranger. Il choisit de ne jamais revenir.

La déchéance de 1927. En 1927, Chaliapine fait un don pour aider des enfants d'émigrés russes (Russes blancs). Les autorités soviétiques y voient un acte de trahison : elles lui retirent son titre d'Artiste du peuple et sa citoyenneté. En apprenant la nouvelle, Chaliapine aurait fondu en larmes. Le titre ne sera rétabli qu'en 1991, après la chute de l'URSS.

La vie à Paris

Installé à Paris, Chaliapine poursuit une carrière internationale éblouissante. De 1921 à 1929, il chante régulièrement au Metropolitan Opera de New York (huit saisons). Il se produit aussi à Londres, Buenos Aires et dans toute l'Europe.

Chaliapine se tourne également vers le cinéma. En 1933, il tourne Don Quichotte de Georg Wilhelm Pabst, l'un des premiers films parlants inspirés de l'opéra. Son interprétation du chevalier errant, mélancolique et bouleversante, est restée célèbre.

À Paris, il fréquente la communauté russe en exil et reste très attaché à sa patrie. Il continue de chanter des romances et des chansons populaires russes en concert, notamment la célèbre Chanson du batelier de la Volga (« Eh, oukhnem ! »), devenue l'un de ses enregistrements les plus célèbres.

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Tombe de Fiodor Chaliapine au cimetière de Novodievitchi à Moscou
Tombe de Chaliapine au cimetière de Novodievitchi à Moscou. Wikimedia Commons.

Fiodor Chaliapine meurt le 12 avril 1938 à Paris, emporté par une leucémie. Il est d'abord inhumé au cimetière des Batignolles. En 1984, à l'initiative des autorités soviétiques, ses cendres sont transférées au cimetière de Novodievitchi à Moscou, où reposent les plus grands artistes russes.

Héritage et postérité

Chaliapine a révolutionné l'art lyrique de plusieurs manières :

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Questions fréquentes

Qui était Fiodor Chaliapine ?

Fiodor Ivanovitch Chaliapine (1873-1938) était un chanteur d'opéra russe (basse), considéré comme le plus grand interprète lyrique de son époque. Sa voix puissante et son jeu dramatique ont révolutionné l'art lyrique.

Quel est le rôle le plus célèbre de Chaliapine ?

Son incarnation de Boris Godounov dans l'opéra de Moussorgski est considérée comme légendaire. Sa première à Paris en 1908, lors des Saisons russes de Diaghilev, a révélé l'opéra au public occidental.

Pourquoi Chaliapine a-t-il quitté la Russie ?

Autorisé à quitter l'URSS en 1922 pour une tournée, il choisit de ne pas revenir. En 1927, après un don pour des enfants d'émigrés russes, les autorités soviétiques lui retirèrent son titre d'Artiste du peuple et sa citoyenneté.

Où est enterré Chaliapine ?

Chaliapine est mort à Paris en 1938 et fut d'abord inhumé au cimetière des Batignolles. En 1984, ses cendres ont été transférées au cimetière de Novodievitchi à Moscou.

Chaliapine a-t-il joué au cinéma ?

Oui. En 1933, il incarne Don Quichotte dans le film de G.W. Pabst. Son interprétation du chevalier errant, mélancolique et bouleversante, est restée célèbre.

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