Fiodor Chaliapine (1873-1938) : le plus grand chanteur d'opéra russe
Temps de lecture : 10 minutes
Sommaire
Biographie
| Nom complet | Fiodor Ivanovitch Chaliapine (Шаляпин) |
|---|---|
| Naissance | 1er février (13 février) 1873, Kazan (Empire russe) |
| Décès | 12 avril 1938, Paris (France) |
| Voix | Basse profonde (basse noble) |
| Théâtres | Bolchoï, Mariinski, La Scala, Metropolitan Opera |
| Rôles majeurs | Boris Godounov, Méphisto, Don Quichotte, Ivan le Terrible |
| Distinctions | Artiste du peuple de l'URSS (1918, retiré en 1927, rétabli en 1991) |
Fiodor Chaliapine naît en 1873 à Kazan, dans une famille paysanne très modeste. Son père, Ivan Iakovlevitch, est employé municipal ; sa mère, Evdokia Mikhaïlovna, travaille comme femme de ménage. L'enfance de Fiodor est marquée par la pauvreté, les coups et le travail précoce. Dès l'âge de neuf ans, il chante dans un chœur d'église, ce qui révèle sa voix exceptionnelle.
À douze ans, il assiste à une représentation d'opéra au théâtre de Kazan et en sort bouleversé. Dès lors, il sait que le théâtre sera sa vie. Mais les années qui suivent sont difficiles : il parcourt la Russie avec des troupes itinérantes, connaît la misère et le désespoir. Ce n'est qu'à vingt ans, après une audition réussie à Tiflis (Tbilissi), que sa carrière commence véritablement.
Savva Mamontov et la révélation
En 1896, le mécène Savva Mamontov invite Chaliapine à rejoindre son Opéra privé de Russie à Moscou. C'est le tournant décisif. Mamontov, industriel passionné d'art, offre au jeune chanteur une liberté artistique totale, loin des conventions rigides des théâtres impériaux.
Chez Mamontov, Chaliapine développe un style révolutionnaire : il ne se contente plus de chanter, il incarne ses personnages. Chaque geste, chaque expression du visage, chaque déplacement sur scène participe à la création d'un personnage vivant. Cette approche, radicalement nouvelle pour l'époque, fait de lui le précurseur du jeu réaliste à l'opéra.
C'est également chez Mamontov que Chaliapine se lie d'amitié avec les plus grands artistes de son temps : les peintres Vroubel, Korovine et Serov (qui réalise son célèbre portrait), et surtout l'écrivain Maxime Gorki, qui deviendra l'un de ses plus proches amis.
Le Bolchoï et la consécration
De 1899 à 1914, Chaliapine est engagé au Théâtre Bolchoï de Moscou, où il règne en maître absolu. Sa réputation grandit d'année en année. En 1901, il fait des débuts sensationnels à La Scala de Milan dans le rôle de Méphisto (Mefistofele de Boito), provoquant une véritable ovation.
Il est nommé Soliste de Sa Majesté auprès du tsar Nicolas II en 1911 — un titre prestigieux qui lui vaut cependant les critiques des intellectuels libéraux, hostiles à l'autocratie. Cet épisode illustre la position complexe de Chaliapine : un artiste du peuple, adoré par les foules, mais pris entre les forces politiques de son époque.
Boris Godounov : le rôle d'une vie
L'incarnation de Boris Godounov dans l'opéra de Modest Moussorgski est le sommet de la carrière de Chaliapine. Il interprète ce rôle pour la première fois en 1898 chez Mamontov, puis le peaufine pendant des décennies.
En 1908, lors des Saisons russes de Serge de Diaghilev à Paris, son Boris Godounov provoque un choc dans le public français. L'opéra de Moussorgski, inconnu en Occident, est révélé en même temps que le génie de Chaliapine. La presse parisienne parle d'un « séisme artistique ».
« Il ne jouait pas Boris. Il était Boris. Quand il mourait sur scène, le public retenait son souffle, convaincu d'assister à une véritable agonie. » — Témoignage d'un critique après la première parisienne de 1908
Chaliapine a fait de Boris Godounov bien plus qu'un rôle : une création théâtrale complète où la voix, le maquillage (qu'il concevait lui-même), les costumes et les gestes formaient un tout. Il dessinait chaque costume et étudiait chaque détail historique avec une obsession de la vérité.
Les grands rôles
- Boris Godounov (Moussorgski) – Son rôle légendaire, le tsar torturé par le remords. Chaliapine l'interprète de 1898 jusqu'à la fin de sa carrière
- Méphistophélès (Gounod, Faust / Boito, Mefistofele) – Charisme diabolique, triomphe à La Scala en 1901
- Don Quichotte (Massenet) – Rôle écrit spécialement pour lui en 1910 ; interprétation empreinte d'humanité
- Ivan le Terrible (Rimski-Korsakov, La Pskovitaine) – Puissance et terreur, l'un de ses premiers grands rôles chez Mamontov
- Le meunier (Dargomyjski, Roussalka) – Rôle de basse dramatique dans l'opéra fantastique russe
- Le prince Galitski / Khan Kontchak (Borodine, Le Prince Igor) – Double rôle montrant sa polyvalence
Révolution et exil
Chaliapine accueille la révolution de Février 1917 avec une certaine sympathie. Il est nommé directeur artistique du Théâtre Mariinski à Petrograd. En 1918, le nouveau régime lui décerne le titre de premier Artiste du peuple de la République.
Mais la réalité du régime soviétique le déçoit rapidement. Ses biens sont confisqués, sa liberté artistique menacée. Le 31 mars 1922, il obtient l'autorisation de quitter l'URSS pour une tournée à l'étranger. Il choisit de ne jamais revenir.
La vie à Paris
Installé à Paris, Chaliapine poursuit une carrière internationale éblouissante. De 1921 à 1929, il chante régulièrement au Metropolitan Opera de New York (huit saisons). Il se produit aussi à Londres, Buenos Aires et dans toute l'Europe.
Chaliapine se tourne également vers le cinéma. En 1933, il tourne Don Quichotte de Georg Wilhelm Pabst, l'un des premiers films parlants inspirés de l'opéra. Son interprétation du chevalier errant, mélancolique et bouleversante, est restée célèbre.
À Paris, il fréquente la communauté russe en exil et reste très attaché à sa patrie. Il continue de chanter des romances et des chansons populaires russes en concert, notamment la célèbre Chanson du batelier de la Volga (« Eh, oukhnem ! »), devenue l'un de ses enregistrements les plus célèbres.
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Fiodor Chaliapine meurt le 12 avril 1938 à Paris, emporté par une leucémie. Il est d'abord inhumé au cimetière des Batignolles. En 1984, à l'initiative des autorités soviétiques, ses cendres sont transférées au cimetière de Novodievitchi à Moscou, où reposent les plus grands artistes russes.
Héritage et postérité
Chaliapine a révolutionné l'art lyrique de plusieurs manières :
- Le jeu d'acteur à l'opéra. Avant lui, les chanteurs d'opéra se contentaient souvent de chanter face au public. Chaliapine a introduit le réalisme théâtral sur la scène lyrique, préfigurant l'approche de Stanislavski.
- Le maquillage scénique. Il concevait lui-même ses maquillages et costumes, dessinant chaque détail pour créer des personnages physiquement transformés.
- L'opéra russe dans le monde. Grâce à lui et aux Saisons russes de Diaghilev, Boris Godounov et l'opéra russe sont entrés au répertoire international.
- Les enregistrements. Ses nombreux disques, réalisés dès 1901, sont parmi les premiers témoignages sonores d'un grand chanteur d'opéra. Ils permettent encore aujourd'hui d'entendre sa voix légendaire.
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Questions fréquentes
Qui était Fiodor Chaliapine ?
Fiodor Ivanovitch Chaliapine (1873-1938) était un chanteur d'opéra russe (basse), considéré comme le plus grand interprète lyrique de son époque. Sa voix puissante et son jeu dramatique ont révolutionné l'art lyrique.
Quel est le rôle le plus célèbre de Chaliapine ?
Son incarnation de Boris Godounov dans l'opéra de Moussorgski est considérée comme légendaire. Sa première à Paris en 1908, lors des Saisons russes de Diaghilev, a révélé l'opéra au public occidental.
Pourquoi Chaliapine a-t-il quitté la Russie ?
Autorisé à quitter l'URSS en 1922 pour une tournée, il choisit de ne pas revenir. En 1927, après un don pour des enfants d'émigrés russes, les autorités soviétiques lui retirèrent son titre d'Artiste du peuple et sa citoyenneté.
Où est enterré Chaliapine ?
Chaliapine est mort à Paris en 1938 et fut d'abord inhumé au cimetière des Batignolles. En 1984, ses cendres ont été transférées au cimetière de Novodievitchi à Moscou.
Chaliapine a-t-il joué au cinéma ?
Oui. En 1933, il incarne Don Quichotte dans le film de G.W. Pabst. Son interprétation du chevalier errant, mélancolique et bouleversante, est restée célèbre.