Boulat Okoudjava (1924-1997) : le barde de l'Arbat

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Boulat Chalvovitch Okoudjava (Булат Шалвович Окуджава) est l'un des plus grands bardes de la culture russe. Surnommé le « Brassens soviétique », cet auteur-compositeur-interprète a enchanté des millions de Soviétiques avec ses chansons intimes, poétiques et empreintes d'humanité. Chanteur de la rue Arbat à Moscou, vétéran de la Seconde Guerre mondiale, poète et romancier, Okoudjava incarne une voix libre dans la Russie du XXe siècle.
Portrait de Boulat Okoudjava, barde et poète soviétique, chanteur de l'Arbat
Boulat Okoudjava, le barde de l'Arbat. Domaine public.

Biographie

Nom completBoulat Chalvovitch Okoudjava (Окуджава)
Naissance9 mai 1924, Moscou (URSS)
Décès12 juin 1997, Clamart, près de Paris (France)
OriginesPère géorgien, mère arménienne
ProfessionAuteur-compositeur-interprète, poète, romancier
GenreChanson d'auteur (авторская песня)
Surnom« Le Brassens soviétique », « Le chanteur de l'Arbat »

Boulat Okoudjava naît le 9 mai 1924 à Moscou. Son père, Chalva Okoudjava, est un communiste géorgien engagé ; sa mère, Achkhen Nalbandian, est arménienne. L'enfant grandit dans un milieu politiquement actif, dans un appartement communautaire de Moscou, avant d'être envoyé à Tbilissi à l'âge de six ans pour y suivre sa scolarité en russe.

Une famille brisée par les répressions

La vie du jeune Boulat bascule en février 1937. Son père Chalva, accusé d'appartenir à une fraction trotskiste et d'espionnage, est arrêté par le NKVD. Il est exécuté le 4 août 1937. Boulat a treize ans.

Sa mère Achkhen est à son tour arrêtée et déportée au Goulag, où elle restera jusqu'en 1955 — dix-huit années de détention. Le père ne sera réhabilité qu'en 1956, après la mort de Staline et le rapport Khrouchtchev.

Enfant d'« ennemi du peuple ». Comme des millions d'enfants soviétiques des années 1930, Boulat Okoudjava porte le stigmate d'« enfant d'ennemi du peuple ». Cette blessure originelle irrigue toute son œuvre : l'injustice, la douleur silencieuse, la nostalgie d'un monde détruit.

Après l'arrestation de sa mère, Boulat revient à Moscou et s'installe chez sa grand-mère dans un appartement communautaire de la rue Arbat. Cette rue deviendra le cœur de son univers poétique.

La guerre et la blessure

En août 1942, à dix-huit ans, Boulat Okoudjava s'engage volontairement dans l'Armée rouge. Il est envoyé sur le front du Caucase. Le 16 décembre 1942, près de Mozdok, il est gravement blessé. Après son rétablissement, il reste mobilisé comme soldat de l'arrière jusqu'en mars 1944.

L'expérience de la guerre marque profondément le futur barde. Contrairement à la poésie de guerre officielle, triomphante et héroïque, les chansons d'Okoudjava sur la guerre sont intimes, mélancoliques, centrées sur la souffrance des simples soldats et l'absurdité du carnage.

« Ah, la guerre, qu'as-tu fait, miserable ? Nos cours sont devenues silencieuses. Au lieu de nos garçons, nos logements sont vides. » — Boulat Okoudjava, Ah, la guerre
Monument à Boulat Okoudjava dans la rue Arbat à Moscou
Monument à Boulat Okoudjava dans la rue Arbat à Moscou. Wikimedia Commons.

La naissance d'un barde

Après la guerre, Okoudjava étudie à l'université de Tbilissi puis enseigne la littérature dans une école de la région de Kalouga. Il commence à écrire des poèmes et, surtout, à les chanter en s'accompagnant à la guitare lors de soirées privées.

Dans les années 1950-1960, à la faveur du Dégel khrouchtchévien, un nouveau genre naît en URSS : la chanson d'auteur (avtorskaïa pesnia). Okoudjava en est l'un des fondateurs, aux côtés de Vladimir Vyssotski et Alexandre Galitch. À la différence de la chanson officielle, la chanson d'auteur est intime, poétique, non amplifiée — un homme, une guitare, une voix.

Le « Brassens soviétique ». On surnomme Okoudjava le « Brassens soviétique » pour leur point commun essentiel : une poésie ciselée mise en musique avec une guitare, une voix douce et une ironie tendre. Comme Brassens, Okoudjava chante l'amitié, l'amour, la misère humaine et la défiance envers le pouvoir.

En 1962, il apparaît devant le grand public en chantant Le Trolleybus de minuit dans le film Réaction en chaîne. Le succès est immédiat. Ses chansons se diffusent dans tout le pays grâce au magnitizdat (enregistrement pirate sur bandes magnétiques), le mode de diffusion clandestin typique de la culture non officielle soviétique.

Les grandes chansons

Okoudjava est l'auteur d'environ 200 chansons. Plus de 80 d'entre elles ont été utilisées dans des films soviétiques. Voici les plus emblématiques :

L'Arbat, sa rue

La rue Arbat (Арбат) est l'une des plus anciennes et des plus célèbres rues de Moscou. Piétonne depuis 1986, longue d'environ un kilomètre, elle relie la place Arbat à la place Smolenskaïa. C'est dans cette rue que Boulat Okoudjava a grandi, au numéro 43, dans un appartement communautaire.

L'Arbat est bien plus qu'un décor pour Okoudjava : c'est un personnage à part entière de son œuvre. Dans La Chanson de l'Arbat, il s'adresse à la rue comme à un être vivant : « Tu coules comme une rivière, tu portes un nom étrange... »

« Ah, Arbat, mon Arbat, tu es ma patrie, tu es ma joie et mon malheur. » — Boulat Okoudjava, La Chanson de l'Arbat

En 2002, un monument en bronze a été érigé en son honneur dans la rue Arbat, près du numéro 43 où il vécut. La sculpture le représente en promenade, les mains dans les poches, comme s'il sortait de chez lui pour une balade dans sa rue bien-aimée.

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Boulat Okoudjava jouant de la guitare en concert, barde soviétique
Boulat Okoudjava en concert, la guitare à la main. Domaine public.

L'écrivain

Okoudjava n'est pas seulement un chanteur : il est aussi poète et romancier. Il publie plusieurs recueils de poésie et des romans historiques remarqués :

Ses romans historiques, situés au XIXe siècle, sont une manière détournée de parler du présent soviétique : la lutte pour la liberté, la confrontation entre l'individu et le pouvoir, la résistance silencieuse.

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Héritage et postérité

Dans les années 1990, Okoudjava vit dans sa maison de campagne à Peredelkino, le village des écrivains près de Moscou. Il continue de donner des concerts en Russie, en Europe, aux États-Unis et en Israël. Il meurt le 12 juin 1997 à l'hôpital militaire Percy de Clamart, près de Paris, lors d'un séjour en France pour des soins médicaux.

L'héritage d'Okoudjava est considérable :

Questions fréquentes

Qui était Boulat Okoudjava ?

Boulat Chalvovitch Okoudjava (1924-1997) était un auteur-compositeur-interprète soviétique, poète et romancier. Surnommé le « Brassens soviétique », il est l'un des fondateurs du genre de la chanson d'auteur en URSS, aux côtés de Vladimir Vyssotski.

Pourquoi Okoudjava est-il appelé le « chanteur de l'Arbat » ?

Okoudjava a vécu dans un appartement communautaire de la rue Arbat à Moscou. Cette rue emblématique est au cœur de ses chansons les plus célèbres, notamment La Chanson de l'Arbat.

Qu'est-ce qu'un barde soviétique ?

Un barde est un auteur-compositeur-interprète qui s'accompagne à la guitare et chante ses propres poèmes. Ce genre, né dans les années 1950-1960 en URSS, est une forme de poésie chantée intime, souvent en marge de la culture officielle.

Quelles sont les chansons les plus connues d'Okoudjava ?

Ses chansons les plus célèbres sont La Chanson de l'Arbat, Le Trolleybus de minuit, Nous avons besoin d'une victoire (du film La Gare de Biélorussie), Brûle, brûle, mon feu de camp et Les Gardes de l'amour.

Où se trouve le monument à Okoudjava à Moscou ?

Un monument en bronze a été érigé en 2002 dans la rue Arbat à Moscou, près du numéro 43 où il vécut. La sculpture le représente en promenade dans sa rue bien-aimée.

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