Vassili Semionovitch Grossman (Василий Семёнович Гроссман) naît le 12 décembre 1905 à Berdytchiv, en Ukraine, dans une famille juive cultivée. Il étudie la chimie à l'université de Moscou et travaille comme ingénieur dans le Donbass avant de se consacrer à la littérature.
Ses premiers récits, inspirés de la vie ouvrière, attirent l'attention de Maxime Gorki qui le soutient et l'encourage. Son roman Stepan Koltchouguine (1937-1940), fresque réaliste, lui vaut une reconnaissance officielle. Mais c'est la guerre qui va révéler son véritable talent.
Dès 1941, Grossman est envoyé au front comme correspondant du journal de l'Armée rouge Étoile rouge (Красная звезда). Pendant plus de mille jours, il suit les troupes soviétiques dans les combats les plus terribles du front de l'Est. Ses reportages de la bataille de Stalingrad (1942-1943) sont parmi les témoignages les plus saisissants du conflit.
En 1944, Grossman est l'un des premiers journalistes à pénétrer dans le camp d'extermination de Treblinka, libéré par l'Armée rouge. Son récit L'Enfer de Treblinka est l'un des premiers témoignages sur la Shoah et sera utilisé comme pièce à conviction au procès de Nuremberg. Parallèlement, il participe avec Ilya Ehrenbourg à la rédaction du Livre noir sur l'extermination des Juifs soviétiques, ouvrage censuré par Staline en 1948.
Vie et destin (Жизнь и судьба), écrit entre 1950 et 1959, est une fresque monumentale qui s'articule autour de la bataille de Stalingrad. À travers les destins entrelacés de dizaines de personnages — soldats, physiciens, commissaires politiques, déportés — Grossman dresse un tableau sans concession des deux totalitarismes du XXe siècle.
L'audace du roman est inédite : Grossman établit un parallèle explicite entre les camps nazis et le Goulag, entre le fanatisme hitlérien et le fanatisme stalinien. Il affirme que la liberté individuelle est la valeur suprême, face à tous les systèmes totalitaires. En février 1961, le KGB confisque le manuscrit, les copies carbone et même les rubans de la machine à écrire. Souslov, idéologue du Parti, déclare à Grossman que le livre ne pourra être publié « avant 200 à 300 ans ».
« La bonté de l'homme est une flamme qui peut être cachée mais jamais éteinte. » — Vassili Grossman, Vie et destin
Grossman meurt d'un cancer de l'estomac le 14 septembre 1964 à Moscou, sans avoir vu son oeuvre publiée. Mais des brouillons miraculeusement conservés sont sortis d'URSS grâce à des microfilms, avec l'aide d'Andreï Sakharov et de Vladimir Voïnovitch. Le roman est publié pour la première fois en Suisse en 1980, puis traduit dans le monde entier.
Il faut attendre la glasnost pour que Vie et destin paraisse en Russie en 1988. L'oeuvre est aujourd'hui reconnue comme l'un des plus grands romans du XXe siècle, comparable à Guerre et Paix de Tolstoï par son ampleur et sa profondeur. Grossman rejoint le panthéon des écrivains russes qui ont témoigné des tragédies de leur temps, aux côtés de Pasternak et Akhmatova.
Son oeuvre est aussi un témoignage essentiel sur la mémoire de la Shoah et la résistance à l'oppression, des thèmes qui continuent de résonner dans le patrimoine culturel russe et européen. Pour comprendre le contexte des relations franco-russes qui ont permis la publication de l'oeuvre en Occident, son parcours est exemplaire.
Vie et destin a été confisqué par le KGB en 1961 car le roman établissait un parallèle entre le totalitarisme nazi et le totalitarisme stalinien. Souslov, idéologue du Parti, déclara que le livre ne pourrait être publié avant 200 à 300 ans.
Des brouillons du roman ont été sortis d'URSS sur microfilms grâce à l'aide d'Andreï Sakharov et de Vladimir Voïnovitch. Le roman a été publié pour la première fois en Suisse en 1980, puis en Russie en 1988 pendant la glasnost.
Grossman a été correspondant de guerre pour le journal de l'Armée rouge Étoile rouge. Il a couvert la bataille de Stalingrad, la libération de Treblinka et la chute de Berlin. Son témoignage L'Enfer de Treblinka est l'un des premiers récits sur les camps d'extermination nazis.
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