Sergueï Serguéïevitch Prokofiev (Сергей Сергеевич Прокофьев) naît le 23 avril 1891 à Sontsovka, en Ukraine, au sein d'une famille aisée. Sa mère, pianiste accomplie, lui donne ses premières leçons de musique. L'enfant prodige compose son premier opéra à neuf ans et entre au Conservatoire de Saint-Pétersbourg en 1904, à l'âge de treize ans, où il étudie avec Rimski-Korsakov, Liadov et Glazounov.
Au Conservatoire, Prokofiev se distingue par son talent hors norme et son caractère provocateur. Son jeu pianistique puissant et percussif, ses harmonies audacieuses choquent les professeurs et fascinent les étudiants. En 1914, il remporte le concours de piano avec son Concerto n°1, exécuté avec une énergie qui scandalise le jury. Sa Symphonie classique (1917), pastiche élégant du style de Haydn, révèle sa capacité à allier modernité et tradition.
En 1918, Prokofiev quitte la Russie révolutionnaire et s'installe d'abord aux États-Unis, puis à Paris en 1923. Il compose pour les Ballets russes de Diaghilev (Le Pas d'acier, Le Fils prodigue) et mène une brillante carrière de concertiste international. Son Concerto pour piano n°3 (1921) s'impose comme l'un des sommets du répertoire.
À Paris, Prokofiev côtoie Stravinsky, Ravel et le Groupe des Six. Mais il se sent marginal dans la scène musicale parisienne, dominée par le néoclassicisme de Stravinsky. La nostalgie de la Russie et la promesse d'un public immense le poussent à revenir en URSS. Il explore le riche patrimoine musical russe qui a toujours nourri son inspiration.
En 1936, Prokofiev s'installe définitivement à Moscou. Les premières années sont fécondes : il compose Pierre et le Loup (1936), conte musical pour enfants devenu l'une des oeuvres les plus jouées au monde ; le ballet Roméo et Juliette (1935-1936), chef-d'oeuvre chorégraphique ; et la musique du film Alexandre Nevski (1938) d'Eisenstein.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Prokofiev compose l'opéra Guerre et Paix (d'après Tolstoï), la Sonate pour piano n°7 (dite « Stalingrad ») et le ballet Cendrillon. Ces oeuvres, d'une force dramatique considérable, montrent un Prokofiev au sommet de sa maîtrise, mêlant lyrisme slave et audace harmonique.
En février 1948, le décret Jdanov dénonce le « formalisme » de Prokofiev, Chostakovitch, Khatchatourian et d'autres compositeurs soviétiques. Prokofiev est accusé d'écrire une musique « anti-populaire » et incompréhensible. Déjà malade (il souffre d'hypertension cérébrale depuis 1945), il doit faire acte de contrition publique et adapter son style aux exigences du réalisme socialiste.
Malgré ces pressions, il compose encore des oeuvres remarquables, dont la Symphonie n°7 (1952) et le ballet Le Conte de la fleur de pierre. Prokofiev meurt le 5 mars 1953 à Moscou, le même jour que Staline. Sa mort passe presque inaperçue, éclipsée par le deuil national pour le dictateur. Il est enterré au cimetière de Novodievitchi à Moscou, non loin de Tchaïkovski et de Scriabine.
« Il n'y a rien de pire que la musique sans mélodie. » — Sergueï Prokofiev
| Oeuvre | Date | Genre |
|---|---|---|
| Concerto pour piano n°1 | 1912 | Concerto |
| Symphonie classique (n°1) | 1917 | Symphonie |
| L'Amour des trois oranges | 1919 | Opéra |
| Concerto pour piano n°3 | 1921 | Concerto |
| Roméo et Juliette | 1935 | Ballet |
| Pierre et le Loup | 1936 | Conte musical |
| Alexandre Nevski | 1938 | Cantate (film) |
| Guerre et Paix | 1943 | Opéra |
| Cendrillon | 1944 | Ballet |
| Symphonie n°5 | 1944 | Symphonie |
Les oeuvres les plus célèbres de Prokofiev incluent Pierre et le Loup (1936), le ballet Roméo et Juliette (1935), la Symphonie classique (1917), l'opéra Guerre et Paix (1943), le Concerto pour piano n°3 (1921) et la musique du film Alexandre Nevski d'Eisenstein (1938).
Après 18 ans d'exil (1918-1936), Prokofiev est revenu en URSS attiré par la promesse d'un public immense et de commandes officielles. La nostalgie de la Russie et le sentiment d'être un compositeur marginal en Occident ont également pesé dans sa décision.
Prokofiev est mort le 5 mars 1953 à Moscou, le même jour que Staline. Sa mort est passée presque inaperçue, éclipsée par le deuil national pour le dictateur.
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