Cimetière de Novodevitchi à Moscou : guide complet de la nécropole des illustres

Mis à jour le 17 mars 2026 Lecture : 10 min
Adossé au célèbre couvent de Novodevitchi, le cimetière de Novodevitchi (Новодевичье кладбище) est la nécropole la plus prestigieuse de Russie. Sur 7,5 hectares, quelque 27 000 sépultures racontent quatre siècles d’histoire : écrivains, compositeurs, savants, héros militaires et dirigeants politiques y reposent dans un écrin de verdure, à quelques kilomètres du Kremlin de Moscou. Ce guide vous invite à découvrir l’histoire du lieu, ses tombes les plus emblématiques et toutes les informations pratiques pour préparer votre visite.

Sommaire

  1. Histoire du cimetière de Novodevitchi
  2. Le couvent de Novodevitchi, écrin de la nécropole
  3. Les écrivains et poètes
  4. Les compositeurs et musiciens
  5. Hommes politiques et figures publiques
  6. Sculptures funéraires et art mémoriel
  7. Informations pratiques pour la visite
  8. Foire aux questions
Allée principale du cimetière de Novodevitchi à Moscou, bordée de monuments funéraires et d’arbres centenaires
L’allée principale du cimetière de Novodevitchi, où reposent les plus illustres figures de la Russie.

Histoire du cimetière de Novodevitchi

L’histoire du cimetière de Novodevitchi est indissociable de celle du monastère qui lui a donné son nom. Si des inhumations eurent lieu dès le XVIe siècle dans l’enceinte du couvent — des princesses, des boyarines et des religieuses y furent ensevelies —, le cimetière proprement dit ne fut officiellement ouvert qu’en 1898, lorsque les autorités municipales de Moscou décidèrent d’aménager un terrain attenant au mur sud du monastère.

Dès ses premières années, la nécropole attira les familles de l’intelligentsia moscovite. La proximité du couvent, classé parmi les joyaux de l’architecture baroque moscovite, conférait au lieu un prestige considérable. En 1904, les restes d’Anton Tchekhov y furent inhumés, faisant du cimetière un véritable panthéon littéraire. La dépouille de Nicolas Gogol, initialement enterrée au monastère Danilov, fut transférée à Novodevitchi en 1931, lors d’une opération de déplacement de sépultures ordonnée par les autorités soviétiques.

Sous le régime soviétique, être inhumé à Novodevitchi devint un privilège d’État, un honneur réservé aux personnages jugés dignes de la reconnaissance nationale. Le Politburo lui-même approuvait chaque inhumation. Cette tradition perdura après la chute de l’URSS : Boris Eltsine, premier président de la Fédération de Russie, y fut enterré en 2007.

Aujourd’hui, le cimetière est divisé en deux sections principales : l’« ancien cimetière » (staroye kladbichtche), daté de 1898, et le « nouveau cimetière » (novoye kladbichtche), ouvert en 1949 et séparé du premier par un mur. L’ensemble couvre environ 7,5 hectares et compte près de 27 000 sépultures.

Le couvent de Novodevitchi, écrin de la nécropole

Le couvent de Novodevitchi (Новодевичий монастырь) fut fondé en 1524 par le grand-prince Vassili III pour célébrer la reconquête de Smolensk sur la Lituanie. Situé dans un méandre de la Moskova, au sud-ouest du centre-ville, il constitue l’un des plus beaux exemples de l’architecture baroque moscovite, dit « baroque Narychkine ».

Le monastère a joué un rôle considérable dans l’histoire politique russe. La régente Sophie Alexeievna y fut enfermée par Pierre le Grand en 1689, et la première épouse de Pierre, Eudoxie Lopoukhina, y prit le voile de force. La cathédrale Notre-Dame-de-Smolensk (1524-1525), l’église de la Transfiguration et le clocher octogonal de 72 mètres comptent parmi les édifices les plus remarquables du site.

Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2004, le couvent de Novodevitchi a fait l’objet d’importants travaux de restauration au début des années 2020. Le monastère abrite également une branche du Musée historique d’État, où l’on peut admirer des icônes, des textiles liturgiques et des objets d’orfèvrerie religieuse. La visite du couvent constitue un complément naturel à celle du cimetière, et les deux sites méritent au moins une demi-journée d’exploration. Le monastère illustre la richesse architecturale de la Russie historique, dont les couvents et églises ponctuent le paysage du nord au sud du pays.

Les écrivains et poètes

Le cimetière de Novodevitchi réunit une constellation d’écrivains dont l’œuvre a façonné la littérature mondiale. La tombe d’Anton Tchekhov (1860-1904), marquée d’une simple pierre blanche ornée d’une croix, attire chaque année des milliers de visiteurs. L’auteur de La Cerisaie et de La Mouette mourut à Badenweiler, en Allemagne, et son cercueil fut ramené à Moscou dans un wagon réfrigéré portant l’inscription « Huîtres fraîches » — une ironie que l’écrivain, maître de l’humour grinçant, aurait sans doute appréciée.

Nicolas Gogol (1809-1852), père du réalisme russe et auteur des Âmes mortes, repose ici depuis 1931. Sa tombe originelle, au monastère Danilov, fut déplacée lors de la destruction de ce dernier par les autorités soviétiques. La légende veut que son cercueil, ouvert lors de l’exhumation, révélât un squelette dont la tête était tournée — alimentant le mythe tenace d’un enterrement prématuré.

Vladimir Maïakovski (1893-1930), poète futuriste et voix de la révolution, se donna la mort à 36 ans. Son monument funéraire, une haute colonne de granit rouge, reflète l’énergie brutale de sa poésie. Mikhaïl Boulgakov (1891-1940), l’auteur du Maître et Marguerite, repose également à Novodevitchi. Sa tombe est marquée par une pierre noire provenant de l’ancien monument de Gogol — un geste symbolique riche de sens, tant l’influence gogolienne imprègne l’œuvre de Boulgakov.

On y trouve aussi les sépultures d’Alexeï Tolstoï (1883-1945), auteur du célèbre roman historique Pierre le Grand, de Valentin Kataiev, d’Ilya Ilf et Evgueni Petrov, les créateurs du truculent Ostap Bender, et de nombreux autres prosateurs et poètes soviétiques.

Les compositeurs et musiciens

Le cimetière de Novodevitchi constitue un véritable panthéon de la musique russe. Dmitri Chostakovitch (1906-1975), l’un des plus grands symphonistes du XXe siècle, y repose sous un monument sobre orné d’un motif musical : les notes ré-mi bémol-do-si, transcription musicale de ses initiales D.S.C.H. dans la notation allemande, un cryptogramme qu’il dissimula dans plusieurs de ses œuvres.

Sergeï Prokofiev (1891-1953), compositeur de Pierre et le Loup et de Roméo et Juliette, mourut le même jour que Staline, le 5 mars 1953. Cette coïncidence eut pour conséquence que sa mort passa presque inaperçue, éclipsée par le deuil national imposé pour le dictateur. Sa tombe, simple et élégante, fait face à celle de Chostakovitch.

Alexandre Scriabine (1872-1915), pianiste et compositeur visionnaire dont l’œuvre mystique préfigura les audaces harmoniques du XXe siècle, repose également à Novodevitchi. On y trouve aussi la tombe du violoncelliste Mstislav Rostropovitch (1927-2007), enterré aux côtés de son épouse, la soprano Galina Vichnevsakaïa. Le couple, longtemps exilé pour avoir soutenu le dissident Soljenitsyne, fut réhabilité après la chute de l’URSS.

La richesse musicale de cette nécropole témoigne de la place centrale qu’occupe la musique dans la culture et les traditions russes, où l’art des sons accompagne chaque étape de la vie comme de la mort.

Hommes politiques et figures publiques

Le cimetière de Novodevitchi abrite les sépultures de nombreuses personnalités politiques et militaires russes. La plus spectaculaire est sans doute le monument de Boris Eltsine (1931-2007), premier président de la Fédération de Russie. Sa tombe est couverte d’un immense drapeau tricolore russe sculpté en marbre blanc, bleu et rouge, symbole de la nouvelle Russie qu’il contribua à fonder.

Raïssa Gorbatcheva (1932-1999), épouse du dernier dirigeant soviétique, repose également ici. Son monument, une élégante silhouette féminine sculptée dans le marbre blanc, est l’un des plus émouvants du cimetière. Mikhaïl Gorbatchev a été inhumé à ses côtés en septembre 2022.

Parmi les militaires, on note la présence de nombreux maréchaux et généraux de la Seconde Guerre mondiale, dont le maréchal Vassili Tchouïkov, héros de la bataille de Stalingrad. Le cimetière accueille aussi des savants illustres, comme l’ingénieur aéronautique Andreï Tupolev, le chirurgien Nikolai Bourdenko et le père de la fusée spatiale soviétique, Valentin Glouchko.

Le monde du cinéma et du théâtre est également bien représenté. Le réalisateur Sergeï Eisenstein (1898-1948), créateur du Cuirassé Potemkine, repose sous une stèle sobre. Le metteur en scène Constantin Stanislavski (1863-1938), fondateur du système de jeu dramatique qui porte son nom et qui révolutionna le théâtre mondial, y est également inhumé.

Sculptures funéraires et art mémoriel

Au-delà de la célébrité des personnes qui y reposent, le cimetière de Novodevitchi est un véritable musée de sculpture à ciel ouvert. Les monuments funéraires, commandés aux meilleurs sculpteurs russes de chaque époque, constituent un panorama fascinant de l’art mémoriel des XIXe et XXe siècles.

L’époque soviétique a produit des monuments d’une grande force expressive. Les bustes réalistes côtoient des compositions abstraites ou symboliques. La tombe du clown légendaire Iouri Nikouline est surmountée d’une statue grandeur nature le représentant assis, souriant, accompagné de son chien — image d’une humanité désarmante au milieu de la solennité du lieu.

Certaines tombes sont de véritables œuvres d’art : la sculpture d’un avion en acier orne la sépulture d’un pilote d’essai, tandis que des lyres, des plumes et des palettes de peintre rappellent la vocation des défunts. Le sculpteur Ernst Neizvestny, lui-même inhumé ici en 2016, réalisa le monument de Nikita Khrouchtchev : deux blocs imbriqués de marbre noir et blanc, symbolisant les contradictions du dirigeant soviétique.

« Le cimetière de Novodevitchi est un livre d’histoire à ciel ouvert, où chaque tombe raconte un chapitre de l’âme russe. »

Se promener dans les allées de Novodevitchi, c’est parcourir un raccourci saisissant de l’histoire culturelle russe. Le visiteur y croise, en quelques centaines de mètres, les géants de la littérature, de la musique, du cinéma et de la science — autant de vies qui, ensemble, dessinent le portrait d’une civilisation d’une richesse incommensurable. Le cimetière Novodievitchi est assurément l’un des lieux les plus émouvants de Russie, et la visite du cimetière de Novodevitchi s’impose à tout voyageur épris de culture.

Informations pratiques pour la visite

Adresse2, rue Loujnetski Proezd, Moscou (Лужнецкий проезд, 2)
MétroSportivnaïa (Спортивная), ligne 1 (rouge), puis 10 min à pied
HorairesTous les jours de 9h à 17h (dernière entrée 16h30)
TarifEntrée gratuite
Durée conseillée2 à 3 heures (cimetière seul), demi-journée avec le couvent
Accès PMRPartiellement accessible (allées principales goudronnées)
PhotographieAutorisée sans trépied ni éclairage professionnel
Meilleure périodeMai à octobre (allées praticables, feuillages)

Conseils pour la visite

Le cimetière étant vaste, il est conseillé de se munir d’un plan disponible à l’entrée ou de télécharger une application dédiée. Les allées secondaires peuvent être boueuses après la pluie ou la fonte des neiges : prévoyez des chaussures adaptées. Le silence et le recueillement sont de mise, même si l’affluence touristique peut être importante en été.

Pour les visiteurs souhaitant combiner la visite avec d’autres sites moscovites, le parc Gorki et la galerie Tretiakov (nouveau bâtiment) se trouvent à proximité, de l’autre côté de la Moskova.

Foire aux questions

Qui est enterré au cimetière de Novodevitchi ?

Le cimetière de Novodevitchi abrite les tombes de Tchekhov, Gogol, Maïakovski, Chostakovitch, Prokofiev, Eisenstein, Scriabine, Boulgakov, Stanislavski, Boris Eltsine, Raïssa Gorbatcheva et de nombreux autres personnages illustres de la culture, de la politique et des sciences russes.

Où se trouve le cimetière de Novodevitchi à Moscou ?

Le cimetière de Novodevitchi se situe dans le quartier de Khamovniki, au sud-ouest du centre de Moscou, attenant au couvent de Novodevitchi. La station de métro la plus proche est Sportivnaïa (ligne 1, rouge).

Quels sont les horaires d’ouverture du cimetière de Novodevitchi ?

Le cimetière est ouvert tous les jours de 9h à 17h (dernière entrée à 16h30). L’entrée est gratuite. Il est recommandé de prévoir au moins deux heures pour une visite complète.

Quelle est la différence entre le cimetière et le couvent de Novodevitchi ?

Le couvent de Novodevitchi est un monastère fondé en 1524, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le cimetière, attenant au couvent, a été ouvert en 1898 et constitue la nécropole la plus prestigieuse de Russie.

Le cimetière de Novodevitchi est-il classé à l’UNESCO ?

Le couvent de Novodevitchi est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2004. Le cimetière, bien qu’il n’en fasse pas formellement partie, bénéficie d’une protection patrimoniale en tant que site d’importance historique et culturelle fédérale.

Peut-on visiter le cimetière de Novodevitchi avec un guide ?

Oui, des visites guidées en russe et en anglais sont proposées par plusieurs agences locales. Un guide permet de repérer les tombes les plus remarquables et d’en comprendre la symbolique artistique, souvent très élaborée.

Combien de personnes sont enterrées au cimetière de Novodevitchi ?

Le cimetière compte environ 27 000 sépultures réparties sur 7,5 hectares. Il rassemble des écrivains, compositeurs, scientifiques, militaires, hommes politiques et artistes qui ont marqué l’histoire de la Russie.