Le sous-marin S-189 à Saint-Pétersbourg : musée naval et patrimoine militaire
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Sommaire
Présentation du sous-marin S-189
| Désignation | S-189 (С-189) |
|---|---|
| Projet | Projet 613 (désignation OTAN : classe Whiskey) |
| Type | Sous-marin diesel-électrique d'attaque |
| Chantier | Chantier naval de la Baltique (Балтийский завод), Leningrad |
| Mise en service | 1954 |
| Déplacement | 1 050 tonnes en surface / 1 350 tonnes en plongée |
| Longueur | 76 mètres |
| Largeur | 6,3 mètres |
| Équipage | 52 hommes (dont 10 officiers) |
| Armement | 6 tubes lance-torpilles (4 à l'avant, 2 à l'arrière) |
| Profondeur maximale | 200 mètres |
| Emplacement actuel | Quai du Lieutenant Schmidt (quai Anglais), Saint-Pétersbourg |
Le Projet 613 constitue la première grande série de sous-marins soviétiques d'après-guerre. Inspiré des sous-marins allemands de type XXI capturés en 1945, ce modèle fut produit en grande série à partir de 1950 : plus de 215 exemplaires furent construits dans différents chantiers navals soviétiques, ce qui en fait l'une des classes de sous-marins les plus produites de l'histoire. Le S-189 est l'un des rares exemplaires à avoir survécu jusqu'à nos jours, et le seul transformé en navire-musée à Saint-Pétersbourg.
Long de 76 mètres et large de seulement 6,3 mètres, le S-189 illustre parfaitement les contraintes de l'architecture sous-marine : chaque centimètre carré est optimisé, les équipements s'empilent dans des espaces exigus, et la frontière entre le technique et le quotidien s'efface complètement. C'est précisément cette densité qui rend la visite si marquante.
Histoire du navire
Construction et mise en service (1954)
Le S-189 fut construit au chantier naval de la Baltique (Балтийский завод), l'un des plus anciens et plus prestigieux chantiers navals de Russie, fondé en 1856 sur l'île Vassilievski à Saint-Pétersbourg. C'est dans ce même chantier que furent construits les croiseurs Aurora et Kirov. Le S-189 fut lancé en 1954 et intégré à la flotte de la Baltique (Балтийский флот), basée à Kronstadt et dans les ports de la Baltique orientale.
Pendant la Guerre froide, le S-189 participa à de nombreuses missions de patrouille en mer Baltique. Les sous-marins de classe Whiskey étaient conçus pour des missions d'attaque contre les navires de surface et les convois ennemis, ainsi que pour la pose de mines et la reconnaissance. Leur autonomie en plongée restait limitée – quelques jours au maximum avec les batteries électriques –, ce qui les distinguait fondamentalement des sous-marins nucléaires qui les suppléeraient progressivement à partir des années 1960.
Service actif et désarmement (1954-1990)
Durant ses trente-six années de service, le S-189 subit plusieurs modernisations, notamment le remplacement de ses systèmes de détection et de ses équipements de communication. Comme tous les sous-marins de la classe Whiskey, il fut progressivement relegué à des missions secondaires à mesure que des modèles plus modernes entraient en service. En 1990, après la chute du mur de Berlin et le début de la désintégration de l'Union soviétique, le S-189 fut officiellement désarmé et placé en réserve.
Naufrage et abandon (1998)
Les années 1990 furent désastreuses pour la marine russe. Les budgets d'entretien furent drastiquement réduits, et des dizaines de navires furent abandonnés à leurs mouillages. Le S-189 n'échappa pas à ce sort : privé d'entretien, la coque se détériora progressivement. En 1998, le sous-marin coula à son mouillage dans le port de Kronstadt, s'échouant par une dizaine de mètres de fond. Pendant plusieurs années, il demeura submergé, menacé par la corrosion et la pollution.
« Quand nous l'avons renfoué, il était dans un état terrible. L'eau de mer avait tout envahi. Mais la structure principale était intacte – c'est la qualité de l'acier soviétique. » — Témoignage d'un ingénieur naval ayant participé à la restauration
Renflouement et restauration (2005-2010)
En 2005, un groupe d'anciens sous-mariniers et d'entrepreneurs pétersbourgeois lança un ambitieux projet de sauvetage. Le S-189 fut renfoué et remorqué jusqu'au chantier naval de la Baltique, là même où il avait été construit un demi-siècle plus tôt. Une restauration complète fut entreprise : réparation de la coque, remise en état des compartiments, restauration des équipements d'origine ou remplacement par des pièces identiques récupérées sur d'autres sous-marins désarmés.
Le 14 mars 2010, après cinq années de travaux, le S-189 fut officiellement inauguré comme navire-musée et amarré au quai du Lieutenant Schmidt, en plein cœur de Saint-Pétersbourg. Cette renaissance symbolise la volonté de préserver le patrimoine maritime et militaire russe, à une époque où la plupart des sous-marins de cette génération ont été démantelés.
Visite de l'intérieur
La visite guidée du S-189 permet de parcourir l'ensemble des sept compartiments du sous-marin, du nez à la poupe. Le passage d'un compartiment à l'autre s'effectue par d'étroites écoutilles circulaires – une expérience physique qui donne immédiatement la mesure de l'exiguïté dans laquelle vivaient les cinquante-deux membres d'équipage.
Compartiment I : la salle des torpilles
Le premier compartiment est le plus impressionnant. On y découvre les quatre tubes lance-torpilles avant de 533 mm, avec leurs mécanismes de chargement et de mise à feu. Des torpilles de réserve sont arrimées le long des parois. Ce compartiment servait également de dortoir supplémentaire : des couchettes étaient installées entre les torpilles, et les sous-mariniers dormaient littéralement à côté de centaines de kilogrammes d'explosifs.
Compartiment II : les batteries avant et les quartiers de l'équipage
Le deuxième compartiment abrite les batteries d'accumulateurs (sous le plancher), qui fournissaient l'énergie électrique pour la navigation en plongée. Au-dessus se trouvent les quartiers des officiers, la carré des officiers (une minuscule salle à manger) et la cabine du commandant – la seule « chambre » individuelle du bord, à peine plus grande qu'un placard.
Compartiment III : le poste de commandement
Le cœur névralgique du sous-marin. On y trouve le périscope (que les visiteurs peuvent manipuler), la table de navigation, les pupitres de commande de plongée et de remontée, les instruments de contrôle de la profondeur, de la vitesse et du cap. C'est depuis ce compartiment que le commandant dirigeait toutes les opérations, de la navigation en surface aux manoeuvres d'attaque. La salle sonar (hydroacoustique) jouxte le poste de commandement, avec ses équipements d'écoute passive permettant de détecter les navires ennemis.
Compartiments IV et V : les moteurs diesel et électriques
Les compartiments arrière abritent la propulsion du sous-marin : deux moteurs diesel de 2 000 chevaux chacun (utilisés en surface pour la navigation et la recharge des batteries) et deux moteurs électriques de 1 350 chevaux (utilisés en plongée). Le bruit, la chaleur et les vibrations dans ces compartiments étaient assourdissants – les mécaniciens portaient des protections auditives et travaillaient par rotations courtes.
Compartiments VI et VII : les batteries arrière et la salle des torpilles arrière
Le sixième compartiment contient les batteries arrière et les quartiers de l'équipage subalterne. Le septième et dernier compartiment abrite les deux tubes lance-torpilles arrière, destinés au tir en retraite. Ce compartiment servait également de sas de sauvetage en cas de naufrage, permettant à l'équipage d'évacuer le sous-marin par les torpilles arrière.
Histoire de la flotte sous-marine russe
Le S-189 s'inscrit dans une longue tradition de construction sous-marine en Russie, qui remonte au XIXe siècle. Cette histoire permet de situer le sous-marin dans son contexte technologique et militaire.
Les pionniers (1870-1905)
Les premiers sous-marins russes furent conçus par l'ingénieur polonais Stefan Drzewiecki dans les années 1870-1880. Ses prototypes à propulsion musculaire, puis électrique, furent testés dans le port de Cronstadt. Parallèlement, l'ingénieur Ivan Alexandrovski développa un sous-marin expérimental dès 1866. Ces pionniers posèrent les bases d'une tradition d'innovation sous-marine que la Russie n'a jamais abandonnée.
Le premier engagement opérationnel de sous-marins russes eut lieu pendant la guerre russo-japonaise (1904-1905), lorsque plusieurs submersibles furent déployés à Vladivostok pour protéger le port contre la flotte japonaise. Bien que leur impact militaire fût limité, cette expérience convainquit l'état-major russe de l'intérêt stratégique des sous-marins.
La Première Guerre mondiale et l'entre-deux-guerres
Pendant la Première Guerre mondiale, la marine impériale russe aligna plusieurs dizaines de sous-marins en Baltique et en mer Noire. Après la Révolution de 1917, la jeune marine soviétique hérita de cette flotte et lança dans les années 1930 un programme massif de construction. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, l'URSS possédait la plus grande flotte de sous-marins au monde, avec plus de 200 unités.
L'après-guerre et la Guerre froide
Après 1945, l'Union soviétique s'inspira massivement de la technologie allemande (sous-marins de type XXI et type XXIII) pour concevoir une nouvelle génération de submersibles. Le Projet 613, auquel appartient le S-189, représente le premier fruit de cette synthèse technologique. La Guerre froide accéléra considérablement le développement : dès 1958, le premier sous-marin nucléaire soviétique, le K-3 Leninski Komsomol, entrait en service. La course aux armements sous-marins culmina avec les sous-marins lanceurs de missiles balistiques de la classe Typhoon, les plus grands jamais construits. Le musée du Cosmos de Saint-Pétersbourg évoque cette même époque de rivalité technologique entre les deux superpuissances.
La vie à bord
Vivre à bord d'un sous-marin diesel-électrique des années 1950 était une expérience éprouvante, tant physiquement que psychologiquement. La visite du S-189 permet d'appréhender concrètement ces conditions.
L'espace et le confort
Avec 52 hommes confinés dans un cylindre de 76 mètres de long et 6 mètres de diamètre, l'espace personnel était quasiment inexistant. Les couchettes étaient partagées selon le système dit des « couchettes chaudes » (goriatchie koiki) : deux ou trois sous-mariniers se relayaient sur le même lit en fonction des quarts de travail. Chaque marin disposait d'un petit casier pour ses effets personnels, rien de plus.
L'air et la température
En plongée, l'air se rarefait progressivement. Les systèmes de régénération d'oxygène étaient rudimentaires comparés à ceux des sous-marins nucléaires modernes. L'atmosphère se chargeait d'humidité, de vapeurs de diesel et de gaz de batterie. La température variait considérablement selon les compartiments : glaciale près de la coque, étouffante dans la salle des machines où les moteurs diesel pouvaient porter la température au-delà de 50°C.
L'alimentation et la routine
La cuisine du bord, située dans le compartiment central, était minuscule mais fonctionnelle. Le cuisinier (kok) préparait trois repas par jour pour l'ensemble de l'équipage, malgré l'espace ridicule dont il disposait. L'alimentation des sous-mariniers était cependant la meilleure de toute la marine soviétique : rations supérieures, vin rouge quotidien (pour lutter contre le manque de vitamines) et chocolat. Cette générosité alimentaire compensait partiellement la dureté des conditions de vie.
La journée était divisée en quarts de quatre heures. Un tiers de l'équipage assurait le quart, un tiers dormait, et le dernier tiers s'occupait de l'entretien, des exercices ou du repos. Les exercices d'alerte (simulation d'attaque, de plongée d'urgence, de lutte contre les voies d'eau) étaient fréquents et maintenaient l'équipage sous tension permanente.
« On ne s'habituait jamais tout à fait. Même après des années, le bruit des moteurs, l'odeur du diesel et l'étroitesse des coursives restaient oppressants. Mais il y avait une fierté immense à servir dans les sous-marins. » — Témoignage d'un ancien sous-marinier de la flotte de la Baltique
Le quartier maritime
Le S-189 est amarré au quai du Lieutenant Schmidt (набережная Лейтенанта Шмидта), historiquement l'un des quais les plus importants de Saint-Pétersbourg. Ce quai, qui longe la rive sud de la Grande Neva sur l'île Vassilievski, a été rebaptisé quai Anglais (Английская набережная) dans sa section la plus proche de la place Truda (площадь Труда).
Le sous-marin se trouve à proximité immédiate de l'École navale Nakhimov (Нахимовское военно-морское училище), prestigieuse institution de formation des officiers de la marine russe, et non loin du croiseur Aurora, autre navire-musée emblématique de la ville. Ce quartier maritime offre une concentration unique de sites liés à l'histoire navale russe.
Les quais de la Neva dans ce secteur offrent de magnifiques vues sur le centre historique de Saint-Pétersbourg. On aperçoit la silhouette de la cathédrale Saint-Isaac, le dôme de l'Amirauté et, au loin, la forteresse Pierre-et-Paul. La promenade le long des quais constitue l'un des plus beaux itinéraires piétonniers de la ville, reliant le S-189 aux ponts et canaux du centre historique.
Le quartier abrite également plusieurs institutions scientifiques et techniques, reflétant la vocation académique de l'île Vassilievski depuis l'époque de Pierre le Grand. La Kunstkamera, premier musée de Russie, et l'Académie des Sciences sont à quelques minutes de marche, tout comme le Musée Russe, situé de l'autre côté de la Neva.
Informations pratiques
| Adresse | Quai du Lieutenant Schmidt (наб. Лейтенанта Шмидта), Saint-Pétersbourg |
|---|---|
| Métro | Station Admiralteïskaïa (ligne 5, violette), puis 15 min à pied |
| Horaires | Mercredi à dimanche, de 11h à 18h (dernière entrée 17h15) |
| Fermé | Lundi, mardi et jours fériés |
| Tarif | Environ 500 roubles (adulte), réductions étudiants et retraités |
| Type de visite | Visite guidée obligatoire (groupes de 10 personnes maximum) |
| Durée | 45 minutes à 1 heure |
| Réservation | Recommandée en haute saison (juin-septembre) |
| Langues | Visites en russe ; audioguides en anglais disponibles |
| Combinaisons | À associer avec Musée de l'artillerie, Musée de l'eau ou Musée du Cosmos |
La visite du S-189 s'effectue exclusivement en groupes guidés, limités à une dizaine de personnes en raison de l'étroitesse des coursives. Il est fortement recommandé de réserver à l'avance, surtout pendant la saison touristique estivale (juin à septembre) et les week-ends. La visite n'est pas adaptée aux personnes à mobilité réduite ni aux personnes souffrant de claustrophobie, en raison des passages très étroits et des échelles verticales.
Pour se rendre au S-189 depuis le centre-ville, le plus simple est de prendre le métro jusqu'à la station Admiralteïskaïa, puis de longer la Neva en direction de l'ouest pendant environ quinze minutes. Le sous-marin est visible depuis le quai. Les cartes de Saint-Pétersbourg permettent de repérer facilement son emplacement sur l'île Vassilievski.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le sous-marin S-189 à Saint-Pétersbourg ?
Le S-189 est un sous-marin diesel-électrique soviétique du Projet 613 (désignation OTAN : classe Whiskey), construit en 1954 au chantier naval de la Baltique à Leningrad. Après avoir servi dans la flotte de la Baltique pendant trente-six ans, il fut désarmé en 1990, coula à son mouillage en 1998, puis fut renfoué et restauré entre 2005 et 2010. Il est aujourd'hui un navire-musée ouvert au public, amarré au quai du Lieutenant Schmidt.
Peut-on visiter l'intérieur du sous-marin S-189 ?
Oui, le S-189 est entièrement ouvert à la visite. La visite guidée permet de découvrir les sept compartiments : salle des torpilles avant, quartiers de l'équipage, poste de commandement avec périscope manipulable, salle sonar, moteurs diesel, moteurs électriques et salle des torpilles arrière. Les groupes sont limités à dix personnes en raison de l'étroitesse des coursives.
Où se trouve le sous-marin S-189 à Saint-Pétersbourg ?
Le S-189 est amarré au quai du Lieutenant Schmidt (aujourd'hui quai Anglais, près de la place Truda), sur la rive sud de la Grande Neva, à proximité de l'École navale Nakhimov. La station de métro la plus proche est Admiralteïskaïa (ligne violette), à environ quinze minutes de marche.
Quelle est l'histoire de la flotte sous-marine russe ?
La flotte sous-marine russe remonte aux expériences de Stefan Drzewiecki dans les années 1870-1880. Les premiers sous-marins opérationnels furent déployés pendant la guerre russo-japonaise (1904-1905). L'URSS développa la plus grande flotte de sous-marins au monde dans les années 1930, puis inaugura l'ère nucléaire en 1958 avec le K-3 Leninski Komsomol. Le S-189 appartient à la génération d'après-guerre des sous-marins diesel-électriques inspirés de la technologie allemande.
Combien de temps dure la visite du sous-marin S-189 ?
La visite guidée dure environ 45 minutes à une heure. Les groupes sont limités à une dizaine de personnes. Il est fortement recommandé de réserver à l'avance, en particulier pendant la haute saison touristique (juin à septembre). La visite n'est pas adaptée aux personnes claustrophobes ni aux personnes à mobilité réduite.