Le Petit Journal est un quotidien parisien fondé par Moïse Polydore Millaud (né le 27 août 1813 à Bordeaux, mort le 13 octobre 1871 à Paris), qui a paru de 1863 à 1944. Premier journal populaire à grand tirage en France, il a dépassé le million d'exemplaires quotidiens dans les années 1890. Son célèbre supplément illustré, lancé en 1890, a largement couvert l'alliance franco-russe avec des couvertures en couleur consacrées à la visite du tsar Nicolas II et aux relations entre Paris et Saint-Pétersbourg.
Couverture du supplément illustré du Petit Journal consacrée à l'alliance franco-russe avec les drapeaux français et russe
Couverture du supplément illustré du Petit Journal consacrée à l'alliance franco-russe. Domaine public

Moïse Millaud et la fondation du Petit Journal

Moïse Polydore Millaud, né le 27 août 1813 à Bordeaux et mort le 13 octobre 1871 à Paris, est l'homme d'affaires visionnaire qui a transformé la presse française. Issu d'une famille de la bourgeoisie bordelaise, Millaud se lance très tôt dans les affaires financières et la spéculation boursière avant de se tourner vers le monde de la presse. Il comprend avant ses contemporains que l'avenir du journalisme passe par un prix de vente extrêmement bas, capable d'atteindre un lectorat populaire jusque-là exclu de l'information quotidienne.

Le 1er février 1863, Millaud lance Le Petit Journal au prix révolutionnaire de cinq centimes, soit un sou, quand les autres quotidiens parisiens se vendent quinze centimes. Cette stratégie commerciale audacieuse repose sur un modèle économique nouveau : compenser la faiblesse du prix de vente par un tirage massif et des recettes publicitaires importantes. Le journal ne paie pas le timbre fiscal grâce à une astuce juridique : il évite de publier des nouvelles politiques, ce qui le dispense de cette taxe.

Millaud choisit un format réduit et un ton accessible, privilégiant les faits divers, les feuilletons populaires et les chroniques de la vie quotidienne. Le succès est immédiat : en quelques mois, Le Petit Journal dépasse les 200 000 exemplaires. Millaud innove également dans la distribution en créant un réseau de colporteurs qui vendent le journal dans la rue, une première en France.

Portrait de Moïse Polydore Millaud, fondateur du Petit Journal en 1863, homme d'affaires et patron de presse parisien
Moïse Polydore Millaud (1813-1871), fondateur du Petit Journal. Domaine public
TitreLe Petit Journal
FondateurMoïse Polydore Millaud (1813-1871)
Date de fondation1er février 1863
Date de cessation1944
Prix de vente initial5 centimes (un sou)
Tirage recordPlus d'un million d'exemplaires par jour (années 1890)
Directeurs notablesMoïse Millaud (1863-1871), Hippolyte Marinoni (1872-1904)
Supplément illustré1890-1937, hebdomadaire en couleur
Siège21 boulevard Montmartre, Paris

Histoire du journal (1863-1944)

Après la mort de Millaud en 1871, c'est l'imprimeur Hippolyte Marinoni qui reprend la direction du Petit Journal. Marinoni, inventeur de la rotative moderne, apporte au quotidien une capacité d'impression sans précédent. Sous sa direction, le journal atteint des tirages vertigineux : 600 000 exemplaires en 1880, puis le cap symbolique du million d'exemplaires quotidiens dans les années 1890, un record mondial à l'époque.

Le Petit Journal devient le quotidien le plus lu de France et l'un des plus diffusés au monde. Son succès repose sur une formule éditoriale rodée : des faits divers sensationnels, des feuilletons captivants signés par les romanciers populaires du temps, des chroniques judiciaires détaillées et, à partir de 1884, une rubrique politique après la suppression du timbre fiscal. Le journal organise aussi des événements spectaculaires comme la célèbre course automobile Paris-Rouen de 1894, considérée comme la première compétition automobile de l'histoire.

L'influence du Petit Journal sur l'opinion publique française est considérable. Pendant l'affaire Dreyfus (1894-1906), le journal prend une position antidreyfusarde marquée, reflétant les sentiments d'une large part de son lectorat populaire. Sur le plan international, le quotidien soutient activement le rapprochement diplomatique avec la Russie, voyant dans l'alliance franco-russe un contrepoids indispensable à la puissance allemande après la défaite de 1870.

« Le Petit Journal a été le premier quotidien à un sou qui ait réussi en France. Il a ouvert la voie à la presse populaire moderne et changé durablement le rapport des Français à l'information. »
— Émile Zola, sur la presse à grand tirage

Le supplément illustré et la Russie

En 1890, Le Petit Journal lance son supplément illustré, un cahier hebdomadaire de huit pages dont les couvertures en couleur, réalisées par la technique de la chromolithographie, représentent les grands événements de l'actualité. Ce supplément connaît un succès fulgurant et devient l'une des publications les plus populaires de la Belle Époque, diffusé à plus de 500 000 exemplaires chaque semaine.

Le supplément illustré du Petit Journal représentant une scène liée aux relations franco-russes et à la visite du tsar Nicolas II
Le supplément illustré du Petit Journal : une couverture consacrée aux relations franco-russes. Domaine public

Les couvertures du supplément illustré constituent un témoignage exceptionnel de l'alliance franco-russe et de l'engouement populaire qu'elle suscite en France. Parmi les sujets russes les plus marquants figurent :

  • La visite de l'escadre russe à Toulon (1893) : les couvertures montrent l'accueil triomphal des marins russes par la population provençale, dans un élan de ferveur patriotique franco-russe
  • La visite du tsar Nicolas II à Paris (1896) : plusieurs couvertures spectaculaires immortalisent le couple impérial russe acclamé par les Parisiens, posant la première pierre du pont Alexandre-III
  • L'emprunt russe : des illustrations encouragent les Français à souscrire aux emprunts russes, présentés comme un placement sûr et un acte patriotique
  • La guerre russo-japonaise (1904-1905) : des couvertures dramatiques représentent les batailles navales et terrestres, témoignant de la sympathie française envers l'allié russe
  • Le couronnement de Nicolas II à Moscou (1896) : les scènes fastueuses du sacre et la tragédie de la Khodynka illustrées en pleine page

Ces couvertures, aujourd'hui très recherchées par les collectionneurs, constituent une source iconographique précieuse pour comprendre la perception française de la Russie à la fin du XIXe siècle. On retrouve dans les gravures anciennes de cette époque le même intérêt pour les représentations visuelles de la Russie et de ses relations avec la France. Les cartes de Russie publiées dans la presse illustrée accompagnaient souvent ces reportages pour situer les événements géographiquement auprès du lectorat français.

Le supplément illustré contribue à diffuser une image positive de la Russie impériale, de ses architectes et de ses réalisations culturelles auprès du grand public français, renforçant les liens entre les personnalités russes à Paris et la société parisienne. Pour approfondir l'histoire de ce patrimoine commun, le site Héritage Russe propose des ressources sur la culture et le patrimoine de la Russie impériale.

Déclin et fin du journal

Le déclin du Petit Journal s'amorce au début du XXe siècle sous l'effet de plusieurs facteurs convergents. La concurrence de nouveaux quotidiens populaires, notamment Le Petit Parisien qui le dépasse en tirage dès 1902, et Le Matin qui adopte un ton plus moderne, érode progressivement son lectorat. Le modèle éditorial du journal, fondé sur les faits divers et les feuilletons, paraît de plus en plus dépassé face à une presse qui se professionnalise et met l'accent sur le reportage et l'enquête.

La Première Guerre mondiale (1914-1918) porte un coup sévère au journal. La censure militaire restreint la liberté éditoriale, le papier est rationné et de nombreux lecteurs sont mobilisés. Après l'armistice, le journal peine à retrouver son audience d'avant-guerre. L'entre-deux-guerres voit le développement de la radio et de la presse photographique, qui offrent au public de nouvelles sources d'information plus rapides et plus visuelles.

Le supplément illustré, qui avait fait la gloire du journal, cesse de paraître en 1937, victime de la concurrence de la photographie de presse et de l'obsolescence de la chromolithographie. Le quotidien poursuit sa parution avec des tirages de plus en plus modestes. Il cesse définitivement de paraître en 1944, après plus de quatre-vingts ans d'existence.

Héritage et postérité

Malgré sa disparition, Le Petit Journal occupe une place importante dans l'histoire de la presse française. Il a démontré qu'un quotidien à prix modique pouvait atteindre un lectorat de masse, ouvrant la voie à la presse populaire moderne. Son modèle économique, fondé sur un prix bas compensé par le volume des ventes et la publicité, reste le fondement de l'industrie de la presse jusqu'à l'ère numérique.

Les couvertures de son supplément illustré sont aujourd'hui des objets de collection très prisés. Elles sont régulièrement exposées dans les musées et les galeries, et constituent une source iconographique de premier ordre pour les historiens. La Bibliothèque nationale de France a numérisé l'intégralité de la collection, la rendant accessible au public sur sa plateforme Gallica.

Le Petit Journal est aussi le reflet d'une époque où la presse jouait un rôle central dans la formation de l'opinion publique. Ses couvertures sur l'alliance franco-russe témoignent de la manière dont un quotidien populaire pouvait influencer la perception des relations internationales par des millions de lecteurs. Pour mieux comprendre les relations diplomatiques entre la France et la Russie à cette époque, le site Alliance Franco-Russe offre un éclairage historique et contemporain sur ces liens séculaires.

L'héritage du Petit Journal se retrouve aussi dans les techniques de diffusion qu'il a popularisées. Le réseau de colporteurs créé par Millaud, puis les kiosques à journaux qui se multiplient à Paris à la fin du XIXe siècle, transforment durablement le paysage urbain et les habitudes de lecture des Français.

Questions fréquentes sur Le Petit Journal

Qu'est-ce que Le Petit Journal ?

Le Petit Journal est un quotidien parisien fondé par Moïse Millaud en 1863, qui a paru jusqu'en 1944. Premier journal populaire à grand tirage en France, il a atteint un million d'exemplaires vendus par jour dans les années 1890, devenant le quotidien le plus lu au monde à cette époque.

Qui était Moïse Millaud, fondateur du Petit Journal ?

Moïse Polydore Millaud (1813-1871) était un homme d'affaires et patron de presse français né à Bordeaux. Pionnier de la presse populaire, il a fondé Le Petit Journal le 1er février 1863 avec l'idée révolutionnaire de proposer un quotidien à cinq centimes, accessible à toutes les classes sociales.

Quel lien entre Le Petit Journal et la Russie ?

Le Petit Journal et son supplément illustré ont abondamment couvert l'alliance franco-russe à partir de 1891. Les couvertures en couleur ont immortalisé la visite du tsar Nicolas II à Paris en 1896, les manoeuvres navales conjointes et les cérémonies diplomatiques, contribuant à populariser l'amitié franco-russe auprès du grand public français.

Qu'est-ce que le supplément illustré du Petit Journal ?

Le supplément illustré du Petit Journal, lancé en 1890, était un cahier hebdomadaire de huit pages comportant des gravures en couleur réalisées par chromolithographie. Ses couvertures spectaculaires représentaient les grands événements de l'actualité et sont aujourd'hui des documents historiques très recherchés par les collectionneurs.

Pourquoi Le Petit Journal a-t-il cessé de paraître ?

Le Petit Journal a cessé de paraître en 1944 après un long déclin amorcé au début du XXe siècle. La concurrence de nouveaux quotidiens comme Le Petit Parisien, l'essor de la presse photographique et de la radio, ainsi que les conséquences des deux guerres mondiales ont progressivement érodé son lectorat et ses ventes.