Gravures pittoresques de Russie : scènes de vie au XIXe siècle

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Les gravures pittoresques de Russie constituent un témoignage visuel exceptionnel sur la vie quotidienne dans l'Empire russe aux XVIIIe et XIXe siècles. Réalisées par des artistes russes et européens – dont le célèbre Vassili Timm (Wilhelm Timm) –, ces estampes documentent les métiers de rue, les coutumes populaires, les monuments et l'architecture de Saint-Pétersbourg et de Moscou avec une précision remarquable.
Gravure pittoresque d'un isvochtchik, cocher de place à Saint-Pétersbourg, par Vassili Timm
Isvochtchik (cocher de place) à Saint-Pétersbourg, gravure de V. Timm. Collection de gravures pittoresques.

Introduction aux gravures pittoresques

Au XIXe siècle, les gravures pittoresques jouent un rôle comparable à celui de la photographie aujourd'hui. Avant l'invention du daguerréotype, c'est par l'estampe que les Européens découvrent les réalités lointaines de l'Empire russe. Des dessinateurs parcourent les rues de Saint-Pétersbourg et de Moscou, croquant sur le vif les petits métiers, les costumes, les cérémonies et les édifices qui font la singularité du monde russe.

Ces gravures sont publiées dans des revues illustrées françaises, allemandes et anglaises – L'Illustration, Le Monde illustré, The Illustrated London News – mais aussi dans des ouvrages spécialisés comme le Musée du Costume à Paris. Elles répondent à une curiosité immense du public occidental pour ce vaste empire, à la fois fascinant et méconnu.

Gravure pittoresque et gravure topographique. À la différence des gravures topographiques, qui visent la précision cartographique (voir nos cartes anciennes de Russie), les gravures pittoresques privilégient l'atmosphère, le mouvement et la couleur locale. Elles mettent en scène des personnages en action dans leur environnement quotidien.

Vassili Timm, chroniqueur de la Russie impériale

Vassili Fiodorovitch Timm (Василий Фёдорович Тимм), également connu sous son prénom de naissance Wilhelm Timm, est né à Riga en 1820 et mort à Berlin en 1895. Peintre de batailles, illustrateur et éditeur, il est l'un des artistes les plus prolifiques à avoir documenté la vie russe au milieu du XIXe siècle.

Après des études à l'Académie impériale des beaux-arts de Saint-Pétersbourg, Timm séjourne à Paris et en Algérie avant de rentrer en Russie. En 1851, il fonde le Rousski Khoudojestvenni Listok (Русский художественный листок), une revue illustrée qui paraît jusqu'en 1862 et constitue une véritable chronique visuelle de la Russie impériale.

Nom completVassili (Wilhelm) Fiodorovitch Timm (Тимм)
Naissance1820, Riga (Empire russe)
Décès1895, Berlin
FormationAcadémie impériale des beaux-arts, Saint-Pétersbourg
SpécialitéPeinture de batailles, illustration, lithographie
PublicationRousski Khoudojestvenni Listok (1851-1862)
SujetsScènes de rue, costumes, métiers, cérémonies militaires
« Le dessinateur le plus fidèle de la vie pétersbourgeoise, Timm saisissait chaque figure avec une exactitude qui fait de ses planches de véritables documents sociaux. » — Alexandre Benois, historien de l'art russe

Parmi les gravures de Timm présentées dans notre collection, on trouve notamment l'Isvochtchik de Saint-Pétersbourg (n°74, cocher de place) et les Cochers en hiver, deux planches saisissantes qui documentent un métier essentiel de la vie urbaine russe.

Les cochers : isvochtchik et cochers de seigneur

Le cocher est sans doute le personnage le plus fréquemment représenté dans les gravures pittoresques de Russie. Il en existait plusieurs types, chacun occupant une place spécifique dans la hiérarchie sociale de l'Empire.

L'isvochtchik (извощик) était le cocher de place, l'équivalent du fiacre parisien. Vêtu d'un long caftan bleu ou vert, coiffé d'un chapeau bas à large bord, il attendait le client au coin des rues, stationé près de son traîneau en hiver ou de sa calèche en été. La gravure de Timm intitulée Isvoshtshick de Saint-Pétersbourg montre ce personnage emblématique dans toute sa dignité populaire.

Isvochtchik et yamchtchik. Il ne faut pas confondre l'isvochtchik, cocher urbain, avec le yamchtchik (ямщик), le cocher de poste qui conduisait les attelages de longue distance sur les routes immenses de l'Empire. Le yamchtchik a inspiré des poèmes de Pouchkine et des chansons populaires célèbres.

Le cocher de seigneur, représenté dans une planche du Musée du Costume (n°136, ancienne maison Aubert, rue Bergère), appartenait à une tout autre catégorie. Vêtu d'une livrée richement ornée, il était au service exclusif d'une famille noble. Sa tenue et son attelage reflétaient directement le rang et la fortune de son maître.

Les Cochers en hiver, gravés par W. Timm, montrent ces hommes affrontant les rigueurs du climat russe, emmitouflés dans d'épaisses pelisses, leurs chevaux protégés par des couvertures. L'hiver était paradoxalement la saison la plus active pour les cochers : les traîneaux glissaient bien mieux que les roues sur les rues pavées de Saint-Pétersbourg.

Les bains russes (bania)

Gravure pittoresque des bains russes (bania), scène de vie quotidienne en Russie au XIXe siècle
Les bains russes (bania), gravure pittoresque. Le bania est une institution sociale fondamentale de la culture russe.

Les Bains Russes (bania, баня) constituent l'un des sujets favoris des graveurs européens en Russie. Pour un voyageur occidental du XIXe siècle, le bania représentait un spectacle à la fois étonnant et pittoresque : des hommes et des femmes se fouettant avec des branches de bouleau dans une vapeur brûlante, puis se jetant dans la neige ou dans l'eau glacée d'une rivière.

Le bania est bien plus qu'un établissement de bains. C'est une institution sociale vieille de plusieurs siècles, fréquentée par toutes les classes de la société russe, du moujik au prince. Les écrivains russes – Pouchkine, Tolstoï, Tchekhov – ont tous décrit le bania comme un lieu de socialisation, de purification et de rituel. Pour les artistes étrangers, c'était un sujet irrésistible, mêlant exotisme et ethnographie.

« Les bains publics de Russie étonnent tous les voyageurs. On y voit des gens se fouetter mutuellement avec des verges de bouleau, puis courir nus dans la neige, et cela avec des cris de joie. » — Le baron Auguste de Haxthausen, De l'agriculture et de l'état des classes rurales en Russie (1847)

Spectacles populaires : combats d'animaux et dressage d'ours

Deux gravures de notre collection illustrent des divertissements populaires russes qui fascinaient les voyageurs européens : le combat d'animaux et le dressage d'ours.

La gravure intitulée Die Thierhetze in Moskau (le combat d'animaux à Moscou) représente un spectacle de la tradition moscovite. Ces combats, hérités de pratiques ancestrales, avaient lieu dans des arènes improvisiées et attiraient une foule considérable. Bien que critiqués par les réformateurs du XIXe siècle, ils témoignent de la place de l'animal dans la culture populaire russe.

Le dressage d'ours, dessiné d'après un croquis de M. Auclair, montre une académie de dressage de jeunes ours à Samourgun. L'ours dresseur (медвежатник, medvejatnick) était un personnage récurrent des foires et marchés russes. Il parcourait les campagnes et les villes avec son ours, faisant exécuter à l'animal des tours qui amusaient le public. L'ours, symbole même de la Russie dans l'imaginaire européen, constituait naturellement un sujet de prédilection pour les graveurs.

Le patrimoine visuel russe. Ces gravures témoignent d'un monde disparu. Pour approfondir la découverte du patrimoine artistique et culturel de la Russie, consultez Héritage Russe, qui propose des ressources détaillées sur l'héritage culturel russe.

Monuments de Saint-Pétersbourg : les 12 collèges

Gravure ancienne du bâtiment des 12 collèges à Saint-Pétersbourg avec l'ancien canal perpendiculaire à la Néva
Les Douze Collèges sur l'île Vassilievski, avec l'ancien canal perpendiculaire à la Néva. Gravure ancienne.

La gravure des 12 collèges représente l'un des monuments les plus emblématiques de Saint-Pétersbourg. Le bâtiment des Douze Collèges (Здание Двенадцати коллегий), construit entre 1722 et 1742 par l'architecte tessinois Domenico Trezzini, est situé sur l'île Vassilievski.

Long de près de 400 mètres, orienté perpendiculairement à la Néva – ce qui surprend encore aujourd'hui –, il abritait à l'origine les douze collèges (ministères) créés par Pierre le Grand pour moderniser l'administration de l'Empire. La gravure montre le bâtiment avec l'ancien canal qui le longeait, perpendiculaire au fleuve, aujourd'hui comblé.

Depuis 1835, l'édifice abrite l'Université d'État de Saint-Pétersbourg, l'une des plus prestigieuses de Russie, où étudièrent Mendeleïev, Lénine, Poutine et de nombreux prix Nobel. Pour découvrir d'autres représentations de l'architecture russe dans l'art, consultez Art Russe.

Catalogue des gravures

Notre collection de gravures pittoresques de Russie comprend les pièces suivantes, consultables individuellement :

GravureSujet
Isvoshtshick de SPbN°74. Cocher de place à Saint-Pétersbourg. Par V. Timm. Scène de rue montrant l'isvochtchik en tenue traditionnelle.
Cochers en hiverCostume russe : cochers en hiver. Par W. Timm. Cochers emmitouflés affrontant le froid rigoureux de l'hiver russe.
Bains RussesScène de bania (bains russes). Représentation du rituel du bain de vapeur, institution sociale fondamentale.
Combat d'animauxDie Thierhetze in Moskau. Spectacle de combat d'animaux à Moscou, divertissement populaire traditionnel.
Cocher de seigneurN°136, Musée du Costume (Maison Aubert, rue Bergère). Cocher en livrée au service de la noblesse.
Dressage d'oursAcadémie de dressage de jeunes ours à Samourgun. D'après le croquis de M. Auclair.
Les 12 collègesBâtiment des Douze Collèges sur l'île Vassilievski, avec l'ancien canal perpendiculaire à la Néva.
Danse villageoiseDanse villageoise russe. Dessin de Durand, d'après une estampe russe.
Place de la CommémorationArc de Triomphe à Saint-Pétersbourg, commémorant 1815.
Cathédrale Pierre-et-PaulCathédrale Saints-Pierre-et-Paul dans la forteresse, du temps de la marine à voile.
Colonne AlexandreIllumination de la place de l'État-Major pour les fiançailles du Grand-Duc avec la princesse Dagmar.
Officier CosaqueLe Premier pas d'un jeune Officier Cosaque au Palais Royal.
Flèche Pierre-et-PaulLa flèche de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, point culminant de Saint-Pétersbourg.

Contexte historique : la Russie vue par l'Occident

Les gravures pittoresques de Russie s'inscrivent dans un mouvement plus large de découverte de l'Empire russe par l'Europe occidentale. Au XIXe siècle, les relations diplomatiques et culturelles entre la France et la Russie s'intensifient, culminant avec l'Alliance franco-russe de 1891-1894.

Les revues illustrées françaises multiplient les reportages sur la Russie : types populaires, paysages urbains, cérémonies officielles, scènes militaires. Des publications comme Le Petit Journal consacrent régulièrement leurs couvertures à des sujets russes, contribuant à forger l'image de la Russie dans l'imaginaire français.

Parallèlement, les cartographes européens produisent des cartes détaillées de la Russie, du XVIIe siècle au XIXe siècle, témoignant de l'exploration progressive de cet immense territoire. Les gravures pittoresques complètent ces documents cartographiques en leur ajoutant une dimension humaine et sociale.

Du pittoresque au documentaire. Si les gravures pittoresques ont été longtemps considérées comme de simples curiosités, les historiens les reconnaissent aujourd'hui comme des sources documentaires de premier plan. Elles offrent des informations irremplaçables sur les costumes, les véhicules, l'architecture vernaculaire et les pratiques sociales qui ont disparu au XXe siècle.

Questions fréquentes

Que sont les gravures pittoresques de Russie ?

Les gravures pittoresques de Russie sont des estampes réalisées aux XVIIIe et XIXe siècles par des artistes russes et européens. Elles documentent la vie quotidienne, les métiers, les cérémonies et les monuments de l'Empire russe, offrant un témoignage visuel irremplaçable sur la société russe d'autrefois.

Qui était Vassili Timm, auteur de gravures russes ?

Vassili Fiodorovitch Timm (Wilhelm Timm, 1820-1895) était un peintre et illustrateur russo-balte, né à Riga. Il est célèbre pour ses gravures documentant la vie quotidienne à Saint-Pétersbourg et pour sa revue illustrée Rousski Khoudojestvenni Listok (1851-1862), véritable chronique visuelle de la Russie impériale.

Qu'est-ce qu'un isvochtchik dans la Russie impériale ?

L'isvochtchik (извощик) était le cocher de place, c'est-à-dire le conducteur de fiacre dans les villes russes. Personnage emblématique de Saint-Pétersbourg et Moscou, il faisait partie du paysage urbain au même titre que les dvorniki (concierges) et les marchands ambulants.

Que représentent les gravures des bains russes ?

Les gravures des bains russes (bania) montrent cette institution sociale fondamentale de la culture russe. Le bania était à la fois un lieu d'hygiène, de socialisation et de rituel, fréquenté par toutes les classes sociales. Les artistes européens y voyaient un sujet exotique et pittoresque.

Que sont les 12 collèges de Saint-Pétersbourg ?

Le bâtiment des Douze Collèges, situé sur l'île Vassilievski à Saint-Pétersbourg, fut construit entre 1722 et 1742 par Domenico Trezzini. Long de 400 mètres, perpendiculaire à la Néva, il abritait les ministères de Pierre le Grand. Il abrite aujourd'hui l'Université d'État de Saint-Pétersbourg.

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