Alexandre Pouchkine (1799-1837) : père de la littérature russe

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Alexandre Sergueïevitch Pouchkine (Александр Сергеевич Пушкин) est le plus grand poète de la langue russe et le fondateur de la littérature russe moderne. Né à Moscou en 1799, il a créé en quelques années un corpus poétique d'une perfection inégalée. Son duel fatal à 37 ans, sur les bords de la Tchioïrnaïa Rechka près de Saint-Pétersbourg, reste l'un des drames les plus célèbres de l'histoire littéraire mondiale.
Nom completAlexandre Sergueïevitch Pouchkine
Naissance26 mai (6 juin) 1799, Moscou
Décès29 janvier (10 février) 1837, Saint-Pétersbourg
GenresPoésie, roman en vers, drame, nouvelle, conte
Œuvres majeuresEugène Onéguine, Boris Godounov, Le Cavalier de bronze, La Dame de pique
ÉpouseNatalia Nikolaevna Gontcharova (1831)
Enfants4 (Maria, Alexandre, Grigori, Natalia)
AscendanceNoblesse russe, arrière-grand-père Abram Gannibal (Africain adopté par Pierre le Grand)
Portrait d'Alexandre Pouchkine, poète et écrivain russe
Alexandre Pouchkine (1799-1837), le plus grand poète de la langue russe

Origines et enfance moscovite

Pouchkine naît le 6 juin 1799 à Moscou dans une famille de vieille noblesse russe. Son père, Serguéï, est un gentilhomme cultivé et francophile. Sa mère, Nadejda Ossipovna, est la petite-fille d'Abram Gannibal, un Africain enlevé enfant, offert au tsar Pierre le Grand et devenu général de l'armée russe. Cette ascendance africaine, dont Pouchkine était fier, a inspiré son roman inachevé Le Nègre de Pierre le Grand.

L'enfant grandit dans une maison où l'on parle français. Il dévore la bibliothèque paternelle — Voltaire, Molière, La Fontaine — et écrit ses premiers vers en français avant de choisir le russe comme langue d'expression littéraire.

Le lycée de Tsarskoïe Selo

En 1811, Pouchkine intègre le tout nouveau Lycée impérial de Tsarskoïe Selo, fondé par le tsar Alexandre Ier pour former l'élite de l'Empire. Le lycée est installé dans une aile du palais Catherine, près de Saint-Pétersbourg. Pouchkine y passe six années décisives (1811-1817).

C'est au lycée qu'il révèle son génie poétique. En 1815, à 15 ans, il récite son poème Souvenirs de Tsarskoïe Selo lors d'un examen public. Le vieux poète Derjavine, présent dans le jury, est si ému qu'il cherche à embrasser l'adolescent. « Voici celui qui remplacera Derjavine », dira-t-on.

Le 19 octobre : Chaque année, le 19 octobre (anniversaire de l'ouverture du lycée), Pouchkine célébrait la fraternité lycéenne dans des poèmes devenus célèbres. Cette date est restée une tradition en Russie, célébrée comme la Journée du lycée.

L'exil et les années de maturité

Après le lycée, Pouchkine mène une vie mondaine à Saint-Pétersbourg tout en écrivant des poèmes satiriques contre le pouvoir et le servage. En 1820, le tsar Alexandre Ier l'exile dans le sud de la Russie. Pouchkine voyage en Crimée, dans le Caucase, puis s'installe à Kichinev (Chisinau) et à Odessa.

Ces années d'exil sont paradoxalement les plus fécondes. Pouchkine écrit les poèmes Le Prisonnier du Caucase (1821), La Fontaine de Bakhtchissaraï (1823) et commence Eugène Onéguine, son chef-d'œuvre.

En 1824, il est assigné à résidence dans le domaine familial de Mikhaïlovskoie, dans la province de Pskov. C'est là qu'il écrit Boris Godounov et poursuit Eugène Onéguine. En décembre 1825, la révolte des Décabristes éclate à Saint-Pétersbourg. Plusieurs conjurés sont des amis proches de Pouchkine. Son absence forcée lui sauve probablement la vie.

Les grandes œuvres

Appartement-musée de Pouchkine sur la Moïka à Saint-Pétersbourg
Le 12 quai de la Moïka, dernier appartement de Pouchkine à Saint-Pétersbourg

Le Cavalier de bronze et Saint-Pétersbourg

Le Cavalier de bronze (Медный всадник, 1833) est le poème de Saint-Pétersbourg par excellence. Pouchkine y met en scène la terrible inondation de 1824 et le destin d'Eugène, modeste fonctionnaire dont la fiancée est emportée par les eaux. Rendu fou de douleur, il défie la statue équestre de Pierre le Grand, qui s'anime et le poursuit dans la nuit.

« J'aime ton austere harmonie, / Le cours majestueux de la Neva, / Le granit de ses quais… » — Pouchkine, Le Cavalier de bronze (1833)

Le poème pose la question fondamentale de Saint-Pétersbourg : la grandeur de la ville voulue par Pierre le Grand justifie-t-elle les souffrances de l'individu ? Cette tension entre la grandeur impériale et le sort du « petit homme » traversera toute la littérature russe, de Gogol à Dostoïevski. La poésie russe fait partie intégrante du patrimoine culturel russe.

Natalia Gontcharova et la vie mondaine

En 1831, Pouchkine épouse Natalia Nikolaevna Gontcharova, considérée comme la plus belle femme de Moscou. Le couple s'installe à Saint-Pétersbourg, où Natalia fait sensation dans les salons et à la cour. Le tsar Nicolas Ier, admirateur de Natalia, nomme Pouchkine « gentilhomme de la chambre », un titre humiliant pour un homme de 34 ans car habituellement réservé aux jeunes gens.

Pouchkine s'endette, supporte mal la vie de cour et souffre de la jalousie. Quatre enfants naissent entre 1832 et 1836. Parallèlement, il fonde la revue Le Contemporain (Современник) en 1836, qui publiera plus tard Nabokov parmi ses contributeurs posthumes les plus illustres.

Le duel fatal

À l'automne 1836, le baron Georges-Charles de Heeckeren d'Anthès, officier français de la Garde impériale, courtise ouvertement Natalia. Des lettres anonymes désignent Pouchkine comme « coadjuteur du Grand Maître de l'Ordre des cocus ». Pouchkine provoque d'Anthès en duel une première fois en novembre 1836 ; le duel est évité par le mariage précipité de d'Anthès avec la sœur de Natalia.

Mais les provocations reprennent. Le 27 janvier (8 février) 1837, le duel a lieu sur les bords de la Tchioïrnaïa Rechka (la Rivière Noire), dans la banlieue nord de Saint-Pétersbourg. D'Anthès tire le premier et touche Pouchkine à l'abdomen. Le poète, tombé dans la neige, parvient à tirer à son tour et blesse légèrement son adversaire.

Les derniers jours : Ramené dans son appartement du 12 quai de la Moïka, Pouchkine agonise pendant deux jours. Tout Saint-Pétersbourg afflue devant l'immeuble. Le poète meurt le 29 janvier (10 février) 1837 à 14h45. Ses derniers mots à ses livres : « Adieu, mes amis. »

Le tsar fait enterrer Pouchkine discrètement au monastère Sviatogorski, près de Mikhaïlovskoie, craignant des démonstrations publiques. Lermontov écrira à cette occasion son célèbre poème La Mort du poète, qui lui vaudra l'exil.

L'appartement-musée de la Moïka

L'appartement-musée de Pouchkine se trouve au 12 quai de la Moïka (наб. реки Мойки, 12), dans le centre historique de Saint-Pétersbourg. C'est dans cet appartement de 11 pièces que Pouchkine vécut ses derniers mois avec sa famille et où il rendit son dernier souffle.

Informations pratiques : Le musée est ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h30 à 18h. Adresse : nab. reki Moiki, 12. Station de métro la plus proche : Nevski Prospekt ou Admiralteistkaia. Le musée présente le cabinet de travail du poète, sa bibliothèque de 4 500 volumes et des objets personnels.

À Saint-Pétersbourg, de nombreux autres lieux évoquent Pouchkine : le lycée de Tsarskoïe Selo (musée), le Café Wulf et Béranger sur la perspective Nevski (où il prit son dernier repas avant le duel), et le monument de Pouchkine sur la place des Arts.

Monument de Pouchkine sur la place des Arts à Saint-Pétersbourg
Le monument à Pouchkine sur la place des Arts à Saint-Pétersbourg

Héritage et postérité

Pouchkine est pour la Russie ce que Shakespeare est pour l'Angleterre : le créateur de la langue littéraire nationale. Avant lui, la prose russe hésitait entre le slavon d'église et le français des salons. Pouchkine a forgé un russe vivant, musical et précis qui reste la norme. La langue russe d'aujourd'hui est encore largement celle de Pouchkine.

Tous les grands écrivains russes se réclament de lui : Gogol (« Nous sommes tous sortis du Manteau de Gogol », mais Gogol lui-même est sorti de Pouchkine), Dostoïevski (qui a prononcé son célèbre Discours sur Pouchkine en 1880), Tolstoï, Akhmatova et Nabokov (traducteur d'Eugène Onéguine en anglais).

Ses œuvres ont inspiré les plus grands compositeurs russes : Tchaïkovski (Eugène Onéguine, La Dame de pique), Moussorgski (Boris Godounov), Rimski-Korsakov (Le Coq d'or), Glinka (Rouslan et Ludmila). En Russie, le 6 juin, anniversaire de Pouchkine, est célébré comme la Journée de la langue russe.

Questions fréquentes sur Alexandre Pouchkine

Qui était Alexandre Pouchkine ?

Alexandre Sergueïevitch Pouchkine (1799-1837) est le plus grand poète russe et le fondateur de la littérature russe moderne. Poète, romancier et dramaturge, il est l'auteur d'Eugène Onéguine, de Boris Godounov et du Cavalier de bronze. Il est mort à 37 ans à la suite d'un duel.

Comment Pouchkine est-il mort ?

Pouchkine est mort le 10 février 1837, deux jours après un duel au pistolet avec Georges-Charles d'Anthès, officier français de la garde impériale qui courtisait sa femme Natalia Gontcharova. Le duel eut lieu sur les bords de la Tchioïrnaïa Rechka, près de Saint-Pétersbourg.

Quelles sont les œuvres principales de Pouchkine ?

Ses œuvres majeures sont le roman en vers Eugène Onéguine (1823-1831), le drame historique Boris Godounov (1825), le poème Le Cavalier de bronze (1833), la nouvelle La Dame de pique (1834) et le roman La Fille du capitaine (1836).

Où visiter le musée Pouchkine à Saint-Pétersbourg ?

L'appartement-musée de Pouchkine se trouve au 12 quai de la Moïka, dans l'appartement où le poète vécut ses derniers mois et mourut le 10 février 1837. Le musée est ouvert tous les jours sauf le mardi.

Pourquoi Pouchkine est-il considéré comme le père de la littérature russe ?

Pouchkine a créé la langue littéraire russe moderne en abandonnant le style noble et artificiel de ses prédécesseurs pour un russe vivant, musical et précis. Tous les grands écrivains russes — Gogol, Dostoïevski, Tolstoï, Tchekhov — se réclament de lui.

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Dernière mise à jour : février 2026