Nicolas Gogol (1809-1852) : maître de la satire et du fantastique russe
Temps de lecture : 10 minutes
Sommaire
Biographie
| Nom complet | Nicolas Vassiliévitch Gogol (Гоголь) |
|---|---|
| Nom ukrainien | Mykola Vassyliovytch Hohol (Микола Гоголь) |
| Naissance | 20 mars 1809, Sorotchyntsi (gouvernement de Poltava, Ukraine) |
| Décès | 4 mars 1852, Moscou |
| Profession | Écrivain, dramaturge, nouvelliste |
| Œuvres majeures | Les Âmes mortes, Le Manteau, Le Révizor, Le Nez |
| Villes | Sorotchyntsi, Nijyne, Saint-Pétersbourg, Rome, Moscou |
Gogol naît dans une famille de petite noblesse ukrainienne. Son père, Vassili Gogol-Ianovski, est un propriétaire terrien cultivé qui écrit des comédies en ukrainien pour le théâtre amateur. Le jeune Nicolas grandit dans la campagne de Poltava, imprégné du folklore, des légendes cosaques et des traditions populaires ukrainiennes qui nourriront ses premiers récits.
Après des études au gymnase de Nijyne (1821-1828), Gogol arrive à Saint-Pétersbourg en décembre 1828, plein d'ambitions littéraires. Ses débuts sont difficiles : son premier poème, Hans Küchelgarten, publié à compte d'auteur, est démoli par la critique. Il en rachète et brûle tous les exemplaires – déjà cette obsession du feu qui marquera sa fin.
Les racines ukrainiennes
Le premier succès de Gogol vient de l'Ukraine. Les Soirées du hameau près de Dikanka (1831-1832), recueil de contes inspirés du folklore ukrainien, enchantent le public pétersbourgeois par leur mélange d'humour, de fantastique et de couleur locale. Pouchkine lui-même s'enthousiasme.
Mirgorod (1835), deuxième recueil ukrainien, marque un approfondissement. À côté de la fantaisie (épopée cosaque de Tarass Boulba), apparaît un réalisme plus sombre : Comment Ivan Ivanovitch se brouilla avec Ivan Nikiforovitch révèle, derrière le comique, la mesquinerie et le vide de l'existence provinciale.
Le Pétersbourg de Gogol
Les Nouvelles de Pétersbourg (1835-1842) constituent le sommet de l'art de Gogol. La capitale impériale y apparaît comme une ville fantôme, un théâtre d'ombres où rien n'est ce qu'il semble être :
- La Perspective Nevski (1835) – La célèbre avenue comme miroir des illusions. Deux histoires parallèles montrent que la beauté ment et que la ville dévore ses habitants
- Le Nez (1836) – Le major Kovaliov se réveille sans nez ; celui-ci se promène en uniforme de conseiller d'État. Satire absurde de la bureaucratie et de la vanité sociale
- Le Manteau (1842) – Le petit fonctionnaire Akaki Akakiévitch économise pour s'acheter un manteau neuf, qui lui est volé. Récit fondateur du réalisme russe et de la compassion pour les humiliés
- Le Journal d'un fou (1835) – Un fonctionnaire subalterne sombre dans la folie, se prenant pour le roi d'Espagne. Portrait glaçant de la solitude urbaine
- Le Portrait (1835) – Un jeune peintre achète un portrait mystérieux qui le corrompt. Réflexion sur l'art, l'argent et le diable
« Ne vous fiez pas à la Perspective Nevski ! [...] Tout n'est qu'illusion, tout n'est que rêve, rien n'est ce qu'il paraît. » — Nicolas Gogol, La Perspective Nevski (1835)
Les œuvres majeures
L'œuvre de Gogol, relativement brève (il meurt à 42 ans), couvre tous les genres : conte, nouvelle, roman, théâtre, essai. Elle se caractérise par un mélange unique de registres : le rire côtoie l'angoisse, le grotesque touche au sublime, le réalisme glisse vers le fantastique.
- Les Soirées du hameau près de Dikanka (1831-1832) – Contes ukrainiens entre humour, diableries et folklore
- Mirgorod (1835) – Dont Tarass Boulba, épopée cosaque, et Viy, récit d'épouvante
- Nouvelles de Pétersbourg (1835-1842) – Le Nez, Le Manteau, La Perspective Nevski, Le Journal d'un fou, Le Portrait
- Le Révizor (1836) – Comédie satirique sur la corruption provinciale
- Les Âmes mortes (1842) – Roman picaresque et satirique, chef-d'œuvre inachevé
Pour découvrir d'autres classiques de la littérature russe et approfondir la langue russe, dont Gogol a forgé le style moderne.
Les Âmes mortes
Publiées en 1842, Les Âmes mortes racontent le voyage de Tchitchikov à travers la Russie provinciale. Cet escroc charmant achète à des propriétaires terriens leurs « âmes mortes » – les serfs décédés mais encore inscrits au recensement – pour se faire passer pour un riche propriétaire. Chaque propriétaire visité (Manilov le rêveur, Korobotchka l'avare, Nozdriov le menteur, Sobakévitch le rustre, Pliouchkine l'avare absolu) incarne un vice de la société russe.
Gogol concevait Les Âmes mortes comme une trilogie calquée sur la Divine Comédie de Dante : la première partie (« l'Enfer ») montrait les vices ; la deuxième devait montrer la rédemption. Il brûla le manuscrit de la deuxième partie dix jours avant sa mort. La troisième ne fut jamais écrite.
Le Révizor et le théâtre
Le Révizor (1836) est la plus grande comédie du théâtre russe. Un jeune défauché, Khlestakov, est pris par erreur pour un inspecteur général (le « révizor ») dans une ville de province. Tous les fonctionnaires corrompus rivalisent de flagornerie et de pots-de-vin pour acheter son silence.
La crise mystique et la mort
À partir de 1840, Gogol traverse une crise spirituelle profonde. Sous l'influence du prêtre Matveï Konstantinovski, il en vient à considérer ses œuvres comme pécheresses. En 1847, il publie les Morceaux choisis d'une correspondance avec des amis, où il défend l'autocratie, le servage et une morale religieuse rigide. Le livre provoque un tollé ; le critique Vissarion Belinski lui adresse une lettre célèbre de réprobation.
Dans la nuit du 11 au 12 février 1852, Gogol brûle le manuscrit de la deuxième partie des Âmes mortes. Il refuse ensuite de s'alimenter et meurt le 4 mars 1852 à Moscou, à l'âge de 42 ans. Il est enterré au monastère Danilov, puis transféré au cimetière de Novodevitchi.
Pour découvrir le patrimoine culturel et artistique russe, visitez Art Russe.
Héritage littéraire
Gogol occupe une place fondatrice dans la littérature russe. En inventant un style qui mêle le comique au tragique, l'absurde au réaliste, il a ouvert la voie à toute la prose russe du XIXe siècle. Son influence se retrouve chez Dostoïevski (le thème du petit fonctionnaire humilié), Boulgakov (le fantastique urbain du Maître et Marguerite) et jusqu'à Nabokov, qui lui a consacré un essai célèbre.
Questions fréquentes
Qui était Nicolas Gogol ?
Nicolas Vassiliévitch Gogol (1809-1852) était un écrivain russe né en Ukraine. Maître de la satire et du fantastique, il est l'auteur des Âmes mortes, du Manteau, du Nez et du Révizor.
Pourquoi Gogol est-il célèbre dans la littérature russe ?
Gogol est considéré comme le fondateur du réalisme russe. Dostoïevski aurait déclaré : « Nous sommes tous sortis du Manteau de Gogol. » Sa capacité à mêler satire, fantastique et compassion a influencé toute la littérature qui a suivi.
Quel est le lien entre Gogol et Saint-Pétersbourg ?
Gogol a vécu à Saint-Pétersbourg de 1828 à 1836 et y a écrit ses œuvres les plus célèbres. La ville est le décor de ses Nouvelles de Pétersbourg (Le Nez, Le Manteau, La Perspective Nevski).
Quelles sont les œuvres principales de Gogol ?
Les Âmes mortes (1842), Le Révizor (1836), Le Manteau (1842), Le Nez (1836), La Perspective Nevski (1835) et Les Soirées du hameau près de Dikanka (1831-1832).
Comment est mort Gogol ?
Gogol est mort à Moscou le 4 mars 1852, à 42 ans. Dans un accès de crise mystique, il avait brûlé le manuscrit de la deuxième partie des Âmes mortes dix jours avant sa mort. Il s'était laissé mourir de faim et d'épuisement.