Nicolas Gogol (1809-1852) : maître de la satire et du fantastique russe

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Nicolas Vassiliévitch Gogol (Николай Васильевич Гоголь) est l'un des fondateurs de la littérature russe moderne. Né en Ukraine, installé à Saint-Pétersbourg, mort à Moscou, il a créé un univers littéraire unique où la satire la plus mordante côtoie le fantastique le plus déroutant. Dostoïevski aurait déclaré : « Nous sommes tous sortis du Manteau de Gogol. »
Portrait de Nicolas Gogol, écrivain russe, par Fiodor Moller, 1840
Portrait de Nicolas Gogol par Fiodor Moller (vers 1840). Galerie Tretiakov, Moscou. Domaine public.

Biographie

Nom completNicolas Vassiliévitch Gogol (Гоголь)
Nom ukrainienMykola Vassyliovytch Hohol (Микола Гоголь)
Naissance20 mars 1809, Sorotchyntsi (gouvernement de Poltava, Ukraine)
Décès4 mars 1852, Moscou
ProfessionÉcrivain, dramaturge, nouvelliste
Œuvres majeuresLes Âmes mortes, Le Manteau, Le Révizor, Le Nez
VillesSorotchyntsi, Nijyne, Saint-Pétersbourg, Rome, Moscou

Gogol naît dans une famille de petite noblesse ukrainienne. Son père, Vassili Gogol-Ianovski, est un propriétaire terrien cultivé qui écrit des comédies en ukrainien pour le théâtre amateur. Le jeune Nicolas grandit dans la campagne de Poltava, imprégné du folklore, des légendes cosaques et des traditions populaires ukrainiennes qui nourriront ses premiers récits.

Après des études au gymnase de Nijyne (1821-1828), Gogol arrive à Saint-Pétersbourg en décembre 1828, plein d'ambitions littéraires. Ses débuts sont difficiles : son premier poème, Hans Küchelgarten, publié à compte d'auteur, est démoli par la critique. Il en rachète et brûle tous les exemplaires – déjà cette obsession du feu qui marquera sa fin.

Les racines ukrainiennes

Le premier succès de Gogol vient de l'Ukraine. Les Soirées du hameau près de Dikanka (1831-1832), recueil de contes inspirés du folklore ukrainien, enchantent le public pétersbourgeois par leur mélange d'humour, de fantastique et de couleur locale. Pouchkine lui-même s'enthousiasme.

Gogol : russe ou ukrainien ? Cette question, débattue depuis deux siècles, n'a pas de réponse simple. Gogol écrivait en russe mais puisait dans le folklore ukrainien. Il se considérait comme un écrivain de l'Empire russe tout en restant profondément attaché à sa terre natale. Sa double identité est constitutive de son génie littéraire.

Mirgorod (1835), deuxième recueil ukrainien, marque un approfondissement. À côté de la fantaisie (épopée cosaque de Tarass Boulba), apparaît un réalisme plus sombre : Comment Ivan Ivanovitch se brouilla avec Ivan Nikiforovitch révèle, derrière le comique, la mesquinerie et le vide de l'existence provinciale.

Monument à Nicolas Gogol boulevard Gogol à Moscou, sculpture d'Andreev
Le monument à Gogol sur le boulevard Gogol à Moscou (sculpture d'Andreev, 1909).

Le Pétersbourg de Gogol

Les Nouvelles de Pétersbourg (1835-1842) constituent le sommet de l'art de Gogol. La capitale impériale y apparaît comme une ville fantôme, un théâtre d'ombres où rien n'est ce qu'il semble être :

« Ne vous fiez pas à la Perspective Nevski ! [...] Tout n'est qu'illusion, tout n'est que rêve, rien n'est ce qu'il paraît. » — Nicolas Gogol, La Perspective Nevski (1835)

Les œuvres majeures

L'œuvre de Gogol, relativement brève (il meurt à 42 ans), couvre tous les genres : conte, nouvelle, roman, théâtre, essai. Elle se caractérise par un mélange unique de registres : le rire côtoie l'angoisse, le grotesque touche au sublime, le réalisme glisse vers le fantastique.

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Les Âmes mortes

Publiées en 1842, Les Âmes mortes racontent le voyage de Tchitchikov à travers la Russie provinciale. Cet escroc charmant achète à des propriétaires terriens leurs « âmes mortes » – les serfs décédés mais encore inscrits au recensement – pour se faire passer pour un riche propriétaire. Chaque propriétaire visité (Manilov le rêveur, Korobotchka l'avare, Nozdriov le menteur, Sobakévitch le rustre, Pliouchkine l'avare absolu) incarne un vice de la société russe.

Gogol concevait Les Âmes mortes comme une trilogie calquée sur la Divine Comédie de Dante : la première partie (« l'Enfer ») montrait les vices ; la deuxième devait montrer la rédemption. Il brûla le manuscrit de la deuxième partie dix jours avant sa mort. La troisième ne fut jamais écrite.

Illustration des Âmes mortes de Gogol, Tchitchikov rendant visite à Manilov
Illustration des Âmes mortes : Tchitchikov chez Manilov. Gravure du XIXe siècle.

Le Révizor et le théâtre

Le Révizor (1836) est la plus grande comédie du théâtre russe. Un jeune défauché, Khlestakov, est pris par erreur pour un inspecteur général (le « révizor ») dans une ville de province. Tous les fonctionnaires corrompus rivalisent de flagornerie et de pots-de-vin pour acheter son silence.

La première du Révizor. Le 19 avril 1836, la pièce est créée au Théâtre Alexandrinski de Saint-Pétersbourg en présence de Nicolas Ier. Le tsar aurait ri et déclaré : « Tout le monde en a pris pour son grade, et moi plus que les autres ! » La pièce est un triomphe, mais la fureur des fonctionnaires est telle que Gogol, ébranlé, quitte la Russie pour l'Italie.

La crise mystique et la mort

À partir de 1840, Gogol traverse une crise spirituelle profonde. Sous l'influence du prêtre Matveï Konstantinovski, il en vient à considérer ses œuvres comme pécheresses. En 1847, il publie les Morceaux choisis d'une correspondance avec des amis, où il défend l'autocratie, le servage et une morale religieuse rigide. Le livre provoque un tollé ; le critique Vissarion Belinski lui adresse une lettre célèbre de réprobation.

Dans la nuit du 11 au 12 février 1852, Gogol brûle le manuscrit de la deuxième partie des Âmes mortes. Il refuse ensuite de s'alimenter et meurt le 4 mars 1852 à Moscou, à l'âge de 42 ans. Il est enterré au monastère Danilov, puis transféré au cimetière de Novodevitchi.

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Héritage littéraire

Gogol occupe une place fondatrice dans la littérature russe. En inventant un style qui mêle le comique au tragique, l'absurde au réaliste, il a ouvert la voie à toute la prose russe du XIXe siècle. Son influence se retrouve chez Dostoïevski (le thème du petit fonctionnaire humilié), Boulgakov (le fantastique urbain du Maître et Marguerite) et jusqu'à Nabokov, qui lui a consacré un essai célèbre.

Gogol dans la culture mondiale. Ses œuvres ont été adaptées des dizaines de fois au cinéma, au théâtre et à l'opéra. Le compositeur Chostakovitch a adapté Le Nez en opéra (1930), et Meyerhold a révolutionné la mise en scène avec sa version du Révizor (1926).

Questions fréquentes

Qui était Nicolas Gogol ?

Nicolas Vassiliévitch Gogol (1809-1852) était un écrivain russe né en Ukraine. Maître de la satire et du fantastique, il est l'auteur des Âmes mortes, du Manteau, du Nez et du Révizor.

Pourquoi Gogol est-il célèbre dans la littérature russe ?

Gogol est considéré comme le fondateur du réalisme russe. Dostoïevski aurait déclaré : « Nous sommes tous sortis du Manteau de Gogol. » Sa capacité à mêler satire, fantastique et compassion a influencé toute la littérature qui a suivi.

Quel est le lien entre Gogol et Saint-Pétersbourg ?

Gogol a vécu à Saint-Pétersbourg de 1828 à 1836 et y a écrit ses œuvres les plus célèbres. La ville est le décor de ses Nouvelles de Pétersbourg (Le Nez, Le Manteau, La Perspective Nevski).

Quelles sont les œuvres principales de Gogol ?

Les Âmes mortes (1842), Le Révizor (1836), Le Manteau (1842), Le Nez (1836), La Perspective Nevski (1835) et Les Soirées du hameau près de Dikanka (1831-1832).

Comment est mort Gogol ?

Gogol est mort à Moscou le 4 mars 1852, à 42 ans. Dans un accès de crise mystique, il avait brûlé le manuscrit de la deuxième partie des Âmes mortes dix jours avant sa mort. Il s'était laissé mourir de faim et d'épuisement.

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