Ivan Andreïevitch Krylov (1769-1844) est le plus célèbre fabuliste russe, universellement surnommé le « La Fontaine de Russie ». Auteur de plus de 200 fables qui constituent un pilier de la littérature russe, Krylov a su transformer un genre hérité d'Ésope et de La Fontaine en une forme d'expression profondément nationale. Ses vers, appris par coeur par des générations d'écoliers russes, sont passés dans le langage courant sous forme de proverbes. Cet article retrace sa vie entre Moscou et Saint-Pétersbourg, son oeuvre littéraire majeure et son héritage durable dans la culture russe.
Portrait d'Ivan Andreïevitch Krylov, fabuliste russe surnommé le La Fontaine de Russie
Ivan Andreïevitch Krylov (1769-1844), portrait du plus grand fabuliste russe. Domaine public

Enfance et jeunesse à Moscou

Ivan Andreïevitch Krylov (en russe : Иван Андреевич Крылов) naît le 2 février 1769 (13 février dans le calendrier grégorien) à Moscou, dans une famille de petite noblesse militaire sans fortune. Son père, Andreï Prokhorovitch Krylov, est un officier subalterne qui a servi dans la campagne contre Pougatchev et possède pour toute richesse une malle remplie de livres. Sa mère, Maria Alexeïevna, est une femme pieuse et illettrée qui veillera avec une énergie farouche à l'éducation de ses fils après la mort de son mari.

La petite enfance de Krylov est marquée par la pauvreté et l'instabilité. La famille suit le père dans ses affectations militaires, d'abord à Orenbourg, dans les steppes de l'Oural, puis à Tver (aujourd'hui Kalinine), où Andreï Krylov obtient un modeste poste de fonctionnaire civil. C'est à Tver que le jeune Ivan fait ses premières lectures dans la malle paternelle, dévorant pêle-mêle des romans français, des recueils de fables et des traités de morale.

En 1778, le père meurt, laissant la famille dans un dénuement complet. Ivan, âgé de neuf ans à peine, doit entrer comme petit commis au tribunal de Tver pour assurer la subsistance de sa mère et de son jeune frère Lev. Il y copie des documents juridiques, observe les moeurs des fonctionnaires provinciaux, et accumule sans le savoir la matière première de ses futures satires. Le soir, il étudie seul le français, l'italien et les mathématiques, révélant une intelligence vive et une mémoire prodigieuse.

« Je n'ai pas eu de maîtres ; la vie fut mon école, et les livres de mon père ma seule université. »
— Ivan Krylov

En 1782, à treize ans, le jeune Krylov quitte Tver pour Saint-Pétersbourg, la capitale de l'Empire, où il espère trouver une situation meilleure et se rapprocher des milieux littéraires. Il obtient un emploi modeste à la chancellerie du Trésor, mais consacre tout son temps libre à l'écriture. Saint-Pétersbourg sera sa ville d'adoption pour le reste de sa vie.

Le journaliste et dramaturge satirique

Avant de devenir le fabuliste que la postérité retient, Krylov mène une première carrière littéraire agitée et combative en tant que dramaturge et journaliste satirique. Dès 1784, à quinze ans, il compose son premier opéra-comique, La Devineresse au café (Кофейница), une satire des moeurs provinciales qui ne sera jamais jouée mais révèle déjà son talent pour l'observation mordante.

Entre 1786 et 1790, il écrit plusieurs tragédies et comédies pour le théâtre impérial, dont Philomèle et La Famille folle (Сочинитель в прихожей). Ces pièces, souvent refusées par la censure, dénoncent la vanité des nobles, l'ignorance des magistrats et la corruption des fonctionnaires. Le jeune Krylov se fait remarquer par l'impératrice Catherine II elle-même, qui lui propose une bourse pour étudier à l'étranger — offre que Krylov décline, préférant rester à Saint-Pétersbourg.

En 1789, il fonde sa propre revue satirique, Le Courrier des Esprits (Почта Духов), dans laquelle des esprits surnaturels échangent des lettres commentant avec ironie la société russe. La revue ne dure que huit mois avant d'être fermée par les autorités, mais son ton audacieux fait sensation. Krylov lance ensuite deux autres publications satiriques : Le Spectateur (Зритель, 1792) et Le Mercure de Saint-Pétersbourg (Санкт-Петербургский Меркурий, 1793), qui subissent le même sort face à la censure croissante du règne de Catherine.

Après la fermeture de ses journaux, Krylov disparaît de la scène littéraire pendant près de dix ans. Il mène une vie errante et mystérieuse, séjournant dans les propriétés de différents nobles de province, jouant aux cartes, voyageant, et observant la Russie profonde. Cette période d'apparent silence est en réalité une maturation décisive : Krylov accumule les expériences humaines et les observations sociales qui nourriront ses fables.

Nom completIvan Andreïevitch Krylov (Иван Андреевич Крылов)
Naissance2 février 1769 (13 février n.s.) à Moscou, Empire russe
Décès9 novembre 1844 (21 novembre n.s.) à Saint-Pétersbourg
NationalitéRusse (Empire russe)
ProfessionFabuliste, dramaturge, journaliste, bibliothécaire
Genre littéraireFable, satire, comédie, journalisme
Oeuvre principaleFables (Басни) — 236 fables en 9 recueils (1809-1843)
DistinctionMembre de l'Académie des sciences de Russie (1811)
Illustration des fables d'Ivan Krylov, Le Corbeau et le Renard, gravure du XIXe siècle
Illustration d'une fable de Krylov, gravure du XIXe siècle. Les personnages animaliers de ses fables sont devenus des figures emblématiques de la culture russe. Domaine public

La naissance du fabuliste

Le tournant décisif de la carrière de Krylov survient en 1805, lorsqu'il soumet à son ami le poète Ivan Dmitriev ses premières traductions de fables de La Fontaine. Dmitriev, reconnaissant immédiatement le talent de Krylov pour ce genre, l'encourage vivement à poursuivre. En 1806, Krylov publie dans la revue Le Messager de Moscou trois fables adaptées de La Fontaine : Le Chêne et le Roseau, La Jeune fille difficile et Le Vieillard et les trois Jeunes gens.

Le succès est immédiat et décisif. En 1809, Krylov publie son premier recueil de fables, qui contient 23 textes et connaît un triomphe éditorial sans précédent dans la littérature russe. Le tirage s'épuise en quelques semaines. Les critiques les plus exigeants, comme Joukovski et plus tard Vissarion Bielinski, saluent l'apparition d'un maître incontestable. Krylov a trouvé sa voie : il ne l'abandonnera plus jusqu'à sa mort.

Entre 1809 et 1843, Krylov compose au total 236 fables réunies en neuf recueils successifs. Si une trentaine sont des adaptations libres d'Ésope et de La Fontaine, la grande majorité sont des créations originales profondément ancrées dans la réalité russe. Le succès populaire est phénoménal : les recueils de fables de Krylov atteignent des tirages de 40 000 exemplaires de son vivant, un chiffre colossal pour l'époque.

« Les fables de Krylov ne sont pas de simples fables : c'est un livre de sagesse du peuple. »
— Nikolaï Gogol

La force de Krylov réside dans sa capacité à transformer la fable en miroir de la société russe tout entière. Sous les masques du renard, du loup, de l'ours et du singe, ce sont les fonctionnaires corrompus, les nobles ignorants, les juges vénaux et les flatteurs de cour que le lecteur russe reconnaît aussitôt. Le style de Krylov, nourri de proverbes populaires, d'expressions familières et du rythme naturel de la langue russe, donne à ses fables une musicalité et une vivacité inégalées.

Les fables les plus célèbres de Krylov

Parmi les 236 fables composées par Krylov, certaines sont passées dans la mémoire collective russe au point que leurs vers sont devenus des proverbes que tout Russe connaît par coeur.

Le Corbeau et le Renard (Ворона и Лисица, 1807)

Adaptation de la fable de La Fontaine, cette version russe se distingue par la vivacité des dialogues et le caractère plus familier du renard flatteur. La morale, implicite chez Krylov, est d'autant plus percutante : la vanité rend vulnérable aux flatteries les plus grossières. Le vers d'ouverture — « Combien de fois on l'a répété au monde : la flatterie est vile et nuisible » — est connu de tout écolier russe.

Le Loup et l'Agneau (Волк и Ягнёнок, 1808)

La fable commence par une sentence devenue proverbiale : « Le fort a toujours raison face au faible » (У сильного всегда бессильный виноват). Krylov y dénonce l'abus de pouvoir avec une franchise qui dépasse de loin la prudence de La Fontaine. Le loup ne cherche même pas de prétexte crédible pour dévorer l'agneau : la force brute se passe de justification.

Le Cygne, le Brochet et l'Écrevisse (Лебедь, Щука и Рак, 1814)

Fable entièrement originale et probablement la plus célèbre de Krylov, elle met en scène trois animaux attelés à un même chariot qui tirent chacun dans une direction différente : le cygne vers le ciel, le brochet vers l'eau, l'écrevisse vers l'arrière. Le chariot ne bouge pas d'un pouce. Composée pendant les guerres napoléoniennes, cette fable est généralement interprétée comme une satire des alliances politiques inefficaces et de l'incapacité des dirigeants à s'accorder.

Le Quatuor (Квартет, 1811)

Un singe, un âne, un bouc et un ours forment un quatuor musical. Malgré leurs changements de places répétés, la musique reste discordante. Le rossignol, appelé en arbitre, leur assène : « Vous aurez beau changer de place, amis, vous ne serez jamais musiciens. » Cette fable, l'une des plus citées en Russie, vise les réformes administratives superficielles où l'on remanie les postes sans changer les hommes ni les méthodes.

Le Singe et les Lunettes (Мартышка и очки, 1815)

Un singe vieillissant, ayant entendu dire que les lunettes améliorent la vue, en acquiert une demi-douzaine. Il les pose sur sa queue, les renifle, les lèche, mais ne pense jamais à les mettre sur son nez, et finit par les briser de rage. Krylov y raille ceux qui condamnent les innovations qu'ils sont incapables de comprendre, un thème brûlant dans la Russie conservatrice du début du XIXe siècle.

Monument à Ivan Krylov dans le Jardin d'Été de Saint-Pétersbourg, statue en bronze de Piotr Klodt, 1855
Le monument à Ivan Krylov dans le Jardin d'Été de Saint-Pétersbourg, oeuvre du sculpteur Piotr Klodt (1855). Les bas-reliefs du socle représentent les personnages de ses fables. Domaine public

Krylov et La Fontaine : deux fabulistes, deux mondes

La comparaison entre Ivan Krylov et Jean de La Fontaine est aussi inévitable qu'instructive. Si Krylov a commencé sa carrière de fabuliste par des traductions et adaptations du maître français, il s'en est rapidement émancipé pour créer une oeuvre profondément originale.

La Fontaine écrit pour la cour de Louis XIV : son style est celui d'un courtisan lettré qui manie l'allusion délicate et la grâce versifiée. Ses fables, héritières de l'humanisme classique, visent à instruire en divertissant une élite aristocratique cultivée. Krylov, au contraire, écrit pour l'ensemble de la société russe. Son style emprunte au langage populaire, aux proverbes des paysans, aux dictons des marchands. Ses personnages ne sont pas des archétypes universels mais des types sociaux russes immédiatement reconnaissables.

Le critique Vissarion Bielinski, le plus influent du XIXe siècle russe, résumait ainsi la différence : « La Fontaine est un poète français qui écrit des fables ; Krylov est un poète populaire russe. Ses fables ne sont pas des imitations mais des créations nationales. » Alexandre Pouchkine lui-même considérait Krylov comme « le plus populaire de nos poètes », louant la saveur russe incomparable de ses vers.

Là où La Fontaine développe une morale explicite et souvent philosophique, Krylov laisse fréquemment au lecteur le soin de tirer la leçon. Sa satire, plus directe et plus sociale que celle de son modèle français, vise des abus concrets de la Russie de son temps : la justice corrompue, les généraux incompétents, les réformateurs superficiels, les courtisans serviles.

Trente ans à la Bibliothèque impériale

Parallèlement à son activité littéraire, Krylov occupe pendant trente ans (1812-1841) un poste de bibliothécaire à la Bibliothèque impériale publique de Saint-Pétersbourg (aujourd'hui la Bibliothèque nationale de Russie), l'une des plus grandes bibliothèques d'Europe. Il y est d'abord responsable du département des livres en langues slaves, puis de la section russe tout entière.

Ce poste, obtenu grâce à la protection du mécène Alexeï Olenine, directeur de la Bibliothèque, offre à Krylov la sécurité matérielle qui lui a manqué toute sa jeunesse et un accès illimité aux trésors de la littérature mondiale. Il s'acquitte de ses fonctions avec un mélange de compétence réelle et de nonchalance calculée qui fait partie de sa légende : les anecdotes sur sa paresse, sa gourmandise et son embonpoint légendaire sont innombrables dans la mémoire pétersbourgeoise.

Buste d'Ivan Krylov à la Bibliothèque nationale de Russie à Saint-Pétersbourg
Buste d'Ivan Krylov à la Bibliothèque nationale de Russie, Saint-Pétersbourg, où il travailla pendant trente ans. Domaine public

Krylov était en effet connu pour sa corpulence extraordinaire et son appétit gargantuesque, traits qui alimentaient les caricatures et les bons mots de ses contemporains. On raconte qu'il pouvait dévorer un dîner entier destiné à six convives et s'endormir aussitôt dans un fauteuil de la bibliothèque. Mais derrière cette apparence de bonhomme indolent se cachait un esprit d'une acuité redoutable et un travailleur méticuleux qui révisait chaque vers de ses fables des dizaines de fois.

Reconnu comme un trésor national, Krylov est élu membre de l'Académie des sciences de Russie en 1811. En 1838, un grand jubilé est organisé en son honneur pour célébrer le cinquantenaire de son activité littéraire — une distinction sans précédent pour un auteur de son vivant en Russie. Le tsar Nicolas Ier lui-même y assiste et élève Krylov au rang de conseiller d'État actif.

Le monument du Jardin d'Été à Saint-Pétersbourg

Le Jardin d'Été (Летний сад) de Saint-Pétersbourg, fondé par Pierre le Grand en 1704, est l'un des plus anciens et des plus beaux parcs de la ville. C'est dans ce jardin chargé d'histoire que se dresse, depuis 1855, le monument le plus célèbre dédié à Ivan Krylov.

La statue, oeuvre du sculpteur animalier Piotr Klodt von Jürgensburg (1805-1867), représente Krylov assis sur un banc, un livre ouvert sur les genoux, le visage pensif et bienveillant. La ressemblance est frappante : Klodt a travaillé d'après les masques mortuaires et les portraits du fabuliste pour restituer fidèlement ses traits — le large visage rond, le front ample, l'expression à la fois malicieuse et grave.

Le socle en granite est orné de bas-reliefs en bronze représentant les scènes et les personnages des fables les plus connues de Krylov : le renard flattant le corbeau, le loup terrorisant l'agneau, le cygne tirant vers le ciel tandis que le brochet plonge vers l'eau. Ces bas-reliefs, d'une qualité artistique remarquable, constituent un véritable bestiaire littéraire en bronze. Les enfants de Saint-Pétersbourg aiment toucher les animaux du socle, et certains sont polis par des générations de petites mains.

Le monument fut érigé grâce à une souscription publique nationale lancée en 1848, quatre ans après la mort de Krylov. Des milliers de Russes, des plus modestes aux plus fortunés, contribuèrent au financement, témoignant de l'immense popularité du fabuliste à travers toutes les couches de la société. L'inauguration eut lieu le 12 mai 1855 en présence d'une foule considérable.

Le Jardin d'Été de Saint-Pétersbourg en été, allées ombragées et statues, où se trouve le monument à Ivan Krylov
Le Jardin d'Été de Saint-Pétersbourg, écrin du monument à Krylov, l'un des plus anciens parcs de la ville fondé par Pierre le Grand. Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Héritage littéraire et culturel

Ivan Krylov meurt le 9 novembre 1844 (21 novembre n.s.) à Saint-Pétersbourg, à l'âge de 75 ans. Ses funérailles sont un événement national : le cortège funèbre traverse la capitale impériale suivi par une foule immense. Il est inhumé au cimetière Tikhvine du monastère Alexandre-Nevski, auprès des plus grandes figures de la culture russe.

L'héritage de Krylov dans la culture russe est immense et vivant. Ses fables occupent une place unique dans le patrimoine littéraire national, comparable à celle que tiennent les fables de La Fontaine en France ou les contes de Grimm en Allemagne. Mais l'influence de Krylov va bien au-delà de la littérature pour enfants à laquelle on réduit parfois son oeuvre. L'ensemble du patrimoine culturel russe porte la marque de son génie.

Un créateur de la langue littéraire russe

Krylov a joué un rôle fondamental dans la formation de la langue littéraire russe moderne. En intégrant dans ses vers le vocabulaire populaire, les tournures dialectales et les proverbes paysans, il a contribué, aux côtés de Pouchkine, à forger une langue littéraire accessible et vivante, débarrassée des archaïsmes slavons et des gallicismes mondains qui encombraient la prose de son époque.

Pouchkine reconnaissait volontiers cette dette : « Krylov a enrichi notre langue d'une multitude de mots et d'expressions qui sont devenus proverbiales. » De fait, des dizaines d'expressions tirées de ses fables font aujourd'hui partie du russe courant, souvent sans que les locuteurs en connaissent l'origine.

Des proverbes vivants

Voici quelques expressions issues des fables de Krylov qui sont passées dans le langage quotidien russe :

  • « А вы, друзья, как ни садитесь, всё в музыканты не годитесь » (Vous aurez beau changer de place, amis, vous ne serez jamais musiciens) — tirée du Quatuor
  • « У сильного всегда бессильный виноват » (Le fort a toujours raison face au faible) — tirée du Loup et l'Agneau
  • « А ларчик просто открывался » (Le coffret s'ouvrait tout simplement) — tirée du Coffret, pour dire qu'on cherche une solution compliquée là où la réponse est simple
  • « Слона-то я и не приметил » (C'est l'éléphant que je n'ai pas remarqué) — tirée de Le Curieux, équivalent de ne pas voir l'évidence
« Krylov a enrichi notre langue d'une multitude de mots et d'expressions devenus proverbiaux. Ses fables ne vieillissent pas : elles restent toujours actuelles. »
— Alexandre Pouchkine

Influence sur la littérature russe

L'influence de Krylov est perceptible chez les plus grands noms de la littérature russe. Gogol admirait sa capacité à dépeindre les types sociaux russes avec un réalisme impitoyable. Dostoïevski voyait en lui un précurseur de la littérature réaliste russe. Tolstoï lisait ses fables à ses enfants et les considérait comme un modèle de clarté et de profondeur morale. Au XXe siècle, les poètes soviétiques comme Samuil Marchak ont perpétué la tradition de la fable en vers dans l'esprit de Krylov.

Krylov dans la Russie d'aujourd'hui

Les fables de Krylov restent omniprésentes dans la vie culturelle russe contemporaine. Elles figurent dans tous les programmes scolaires, sont récitées lors des concours de déclamation, illustrées dans les manuels, adaptées en dessins animés et en spectacles de marionnettes. Plusieurs musées lui sont consacrés en Russie, et des rues, des squares et des théâtres portent son nom dans de nombreuses villes.

Questions fréquentes sur Ivan Krylov

Qui était Ivan Krylov ?

Ivan Andreïevitch Krylov (1769-1844) était le plus grand fabuliste russe, surnommé le « La Fontaine de Russie ». Il a écrit plus de 200 fables qui restent parmi les textes les plus lus et récités en Russie. Il a aussi été journaliste, dramaturge et bibliothécaire à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg pendant 30 ans.

Pourquoi Krylov est-il surnommé le La Fontaine de Russie ?

Ivan Krylov est surnommé le « La Fontaine de Russie » car, comme Jean de La Fontaine en France, il a porté le genre de la fable à son sommet dans la littérature de son pays. Krylov a d'abord traduit et adapté plusieurs fables de La Fontaine en russe, avant de composer ses propres fables originales, souvent considérées comme supérieures aux originaux par leur ancrage dans la réalité russe et la saveur de leur langue.

Quelles sont les fables les plus célèbres de Krylov ?

Parmi les fables les plus célèbres figurent « Le Corbeau et le Renard », « Le Loup et l'Agneau », « Le Cygne, le Brochet et l'Écrevisse », « Le Singe et les Lunettes », « Le Quatuor » et « La Libellule et la Fourmi ». Beaucoup de ces fables sont devenues des proverbes en Russie, récités par coeur par des millions de Russes.

Où se trouve le monument à Krylov au Jardin d'Été ?

Le monument à Ivan Krylov se trouve dans le Jardin d'Été de Saint-Pétersbourg, l'un des plus anciens parcs de la ville fondé par Pierre le Grand. Inaugurée en 1855, la statue en bronze de Piotr Klodt représente Krylov assis, entouré de bas-reliefs illustrant les personnages de ses fables les plus célèbres. C'est l'un des monuments les plus visités de Saint-Pétersbourg.

Quelle est la différence entre les fables de Krylov et celles de La Fontaine ?

Les fables de Krylov se distinguent de celles de La Fontaine par un ancrage profond dans la réalité sociale russe, un humour plus direct et populaire, et un langage vivant emprunté au parler quotidien du peuple russe. Là où La Fontaine vise l'élégance de la cour, Krylov s'adresse à toute la société russe et critique les travers de la bureaucratie et du pouvoir avec une ironie mordante.